Déjà le temps des
photos, des vidéos, des souvenirs est venu, et maintenant what happens ?
Une partie
de la réponse se trouvait sur scène en ce jeudi 6 novembre. Non pas du côté de « M »
le fils de Louis, on aime ou pas, mais reconnaissons la capacité du fils de L.
Chedid de mettre de l’ambiance. La réponse sur le proche avenir nous a été
transmise en partie par les premiers montés
sur scène de cette soirée, les talentueux salariés de CANAL, capables de
maîtriser la technique audiovisuelle et la guitare basse, la gestion d’un service clients et la
chanson rock, le management d’un pôle Edition et la
guitare, franchement du travail de pro ! Bravo, chapeau bas!
Parmi ceux-là,
certains sont en partance, d’autres plus ou moins sur la sellette, dans le
collimateur d’une vaste réorganisation qui ne veut pas dire son nom ! Démissions,
ruptures conventionnelles ou licenciements, les organisations de CANAL bougent à marche
forcée en cette fin d’année 2014!
Des lendemains
plus ou moins rock and roll selon la position que l’on adopte ! Car nul
doute que ce qui se passe en cette fin 2014, annonce une année 2015 mouvante,
notamment sur le plan social. Ce que nous mesurons difficilement, c’est le degré
d’acceptabilité de ces restructurations plus que de leur efficacité. De ce
point de vue, les chiffres parlent d’eux-mêmes et les choix réalisés depuis plusieurs
mois, voire depuis plusieurs années dans certains secteurs comme celui de la
Distribution, ne donnent pas loin de là,
les résultats escomptés. La crise a parfois bon dos et il ne suffit pas de remplacer des « vieux »
par des « jeunes » pour que ça marche ! C’est dans un cocktail subtil de mélanges de
compétences, d’âges, de mobilité intelligente, de recrutements judicieux que la
mayonnaise peut prendre et le business resplendir!
Les causes de
cette politique contre-productive sont connues. Elles
ne concernent pas que CANAL mais toutes les entreprises moyennes ou grandes qui
ont pour premier objectif un niveau minimal de rentabilité, 20 ou 30% c’est
selon, un chiffre en dessous duquel l’entreprise n’est pas assez rentable… d’abord
pour ses actionnaires! Là comme ailleurs, la crise aidant, il faut dégager des marges
même lorsque le business est à la peine.
Parmi ces marges, il en existe une, simple à mettre en œuvre car malléable, le social… les salariés ! Ajoutons une volonté de forcer le renouvellement des générations et nous avons là les
ingrédients classiques et malheureusement banals de la vie de nos entreprises
Françaises, calqué sur un modèle mondialisé mais destructeur de valeurs, de
business et surtout d’emplois !
Un modèle pas
seulement destructeur de valeurs et d’emplois, mais aussi de créativité !
Tout un pan
déjà dissout de la créativité du CANAL+ historique est parti. Il en reste
quelques oripeaux mais qui sont maintenant dans le collimateur, la cible
idéale, plus âgés, chers payés et pas assez geek !
Cette belle histoire
de la réussite d’un projet incroyable devrait donc finir de se dissoudre pour faire place au
renouveau d’un business tout orienté Internet….
Sur ce plan, il serait temps ! Nous avons raté le coche il y a 10 ans, il
faudrait mettre les bouchées doubles pour combler ce déficit ! S’il faut
évidemment investir fortement les nouveaux espaces numériques incontournables
et vitaux, il serait absurde de penser construire le nouveau CANAL sur un champ
de ruines sociales!
Car l’expérience
de ces 7 dernières années en a déjà démontré ses limites! La nouveauté sur le plan
éditorial, nous n’en sommes plus toujours à l’avant-garde, les expériences technologiques
nous précèdent bien souvent alors que nous étions les meilleurs dans les années
90/ 2000. Cette créativité, ces choix stratégiques furent portés à l’époque par un homme qui, en
créant CANAL+ en 1984, fêtait ses 62 ans, André Rousselet !
L’âge et l’expérience
pour engager, développer imaginer, entraîner toute une génération de créateurs et
d’artistes, d’inventeurs et de doux rêveurs aux idées géniales, toute une expérience extraordinaire qui donne
encore aujourd’hui à CANAL+ l’image de la réussite et de l’innovation!
C’est d’ailleurs,
fait révélateur, une fois parti, que le bateau a pris des chemins de traverses
qui ont failli lui coûter la vie… C’est de l’histoire, regardons l’avenir
4500
salariés dans l’attente…
Depuis le changement
d’actionnaire et la réorganisation de Vivendi, notre actionnaire et
propriétaire, tout le monde attend avec impatience le message de clarification
qui doit venir. Car si le Groupe Vivendi a vendu quelques bijoux Telecom, il est maintenant totalement propriétaire de 2 belles entreprises, UMG et CANAL+. Et l’on
sait Vincent Bolloré particulièrement intéressé par CANAL+. C’est d’ailleurs un
changement fondamental d’organisation, auparavant un actionnaire lointain et
seulement préoccupé de la rentabilité annuelle de CANAL, aujourd’hui, un
actionnaire bien présent, actif, curieux et souhaitant peser de tout son poids sur
la stratégie à venir.
Nous la
voyons se dessiner cette stratégie ! Développement international… une
aubaine que nous soyons déjà implanté dans de multiples pays, merci encore une fois
André, un changement de posture avec nos principaux concurrents ou comment
passer du contentieux au dialogue, enfin une accélération dans la
digitalisation et peut-être un retour dans des secteurs que nous avons quitté il y a maintenant
10 ans, 3 ou 4 grands axes qui pourraient faire notre avenir!
Cet avenir
ne se construira pas sans être compris et adopté par les salariés et d’abord par son
management. Un management qui est entré dans une période troublée alors que ses
objectifs semblent tout orienté réduction d’effectifs… « dégraisser »
comme l’affirme certains à leurs collaborateurs, plutôt que développement des équipes. Une
incongruité qui ne va pas servir nos intérêts de court terme!
On croyait
ce langage désuet, ersatz d’une époque révolue des années 80 quand il fallait
fermer des pans entiers de notre industrie française alors que certaines têtes
bien faites imaginaient une France de services débarrassées de ses sites
industriels et de ses hautes cheminées fumantes… Ils y sont arrivés en partie,
avec à la clé aujourd’hui 4 millions de chômeurs…
Si l’on
applique ce schéma à l’audiovisuel, ce sont également des centaines
peut être des milliers d’emplois qui pourraient disparaître! Car sous couvert d’automatisation
et d’industrialisation des process, on peut faire tourner aujourd’hui des machines
audiovisuelles avec beaucoup moins de monde. C’est déjà le cas sur certains plateaux
de télévision, ce sera encore plus vrai dès demain!
La boulimie
d’économies à réaliser, la volonté de réduire les effectifs, de favoriser un fonctionnement
automatisé et lorsque ce n’est pas possible, d’externaliser les activités qui
peuvent l’être, des concepts en réflexion ou à l’œuvre sur lesquels nous devons
réfléchir, agir, et proposer des alternatives. Supprimer des emplois, c’est
aussi rappelons-le, empêcher des centaines de Français d’accéder à nos offres,
ou de les inciter à se désabonner. C’est déjà le cas pour des centaines de salariés
prestataires qui travaillaient pour nous en France et dont les activités de la relation client ont été délocalisées il y a 2 ans au
Maroc... Dans ce contexte, faut-il également accepter que ce soit la collectivité qui assume le coût de la restructuration de ce secteur en prenant en charge par l'assurance chômage les incohérences de nos choix?
Il n’y a pas
de fatalité, seulement de la faiblesse et de l’inaction...
...dessine-moi
un avenir !
Vincent à la
manœuvre pour construire le futur, mais quel futur ? Un futur sans âme et
sans tripe ? Un futur internationalisé de ratios financiers? Ou un futur
de créativité, d’emplois, de sagesse sociale, une machine à favoriser l’émergence
de centaines de talents, d’inventer de réinventer la télé, l’audiovisuel, l’entertainment à la Française,
le cinéma… ? Nous y sommes dirons certains ! Studio Bagel à l’avant-garde
de cette révolution ? Il y faudra plus de moyens, mais surtout, il faudra un
changement radical de posture sociale.
L’avenir ce n’est
pas la négation du passé, mais ses fondations ! De grandes
compétences ont quitté ou vont quitter le Groupe. Elles nous font aujourd’hui
cruellement défaut. Pour que la fête des
40 ans ne soit pas celle d’une banale entreprise de l’audiovisuel mais d’un groupe
fort, créatif, reconnu sur le plan national et international, il faudra concilier
la grande histoire avec celle qui est à construire, se retourner sur ces 10
dernières années, prendre le meilleur, laisser tomber le pire, et cesser d’opposer
l’ancien et le nouveau, le geek et le non geek, et refaire de CANAL une belle
aventure économique mais aussi sociale.
Alors CANAL
pourrait inventer un modèle européen de l’audiovisuel du 21eme siècle qui n’a pas encore
accouché! Les femmes et les hommes de CANAL,
ceux d’aujourd’hui et pourquoi pas pour certains, ceux d’hier, un projet humain
autant qu’industriel, la 4eme vie de CANAL saura-t-elle relever ces défis ?
C’est au nouveau dirigeant de Vivendi d’en décider...
...pour que CANAL soit à nouveau synonyme de réussites industrielle et humaine!
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