Changer le modèle ! Dans les relations sociales, il n’y a pas pléthore de
modèles opérationnels. Certains modèles peuvent être
coopératifs, respectueux, fondés sur le dialogue, d’autres plus coercitif, contraignants,
absolutistes.
Dans le groupe Vivendi nous voyons à l’œuvre depuis des années l’expression de
ces 2 modèles… Devinez où se trouve le modèle contraignant…? Deux
grandes entreprises constituent encore pour quelques mois le groupe Vivendi,
SFR et CANAL+. Depuis toujours, SFR pratique un modèle de relations sociales
ouvert, participatif, centré sur l’intérêt des salariés et de l’entreprise,
mettant en œuvre les leviers d’actions et de dialogue basés sur la confiance
et l’échange. A l’inverse CANAL+ pratique depuis quelques années le modèle
inverse, un modèle dégradé archaïque, dépassé.
On n’attrape pas les hommes avec de l’étroitesse d’esprit,
ni les âmes à coups de mesquineries !
Savoir où se trouve le pouvoir ! CANAL+ met en œuvre
une politique sociale qui ne doit avoir pour objectif que de vérifier et d’affirmer
le pouvoir. Pouvoir de sanctionner, pouvoir de décider de tout et pour tout, ce
pouvoir-là est très concentré, pour le meilleur ou
pour le pire !
Alors que l’évolution de nos entreprises imposent de revoir
un modèle de relations sociales totalement dépassés par les évolutions du Droit
social et plus encore par les nouvelles technologies de la communication, le
WEB 2.0, à CANAL, c’est la résistance au changement qui l’emporte!
Vantée sur tous les tons dans les business, cette petite
musique n’atteint pas… encore… le département
des relations sociales, qui reste enfermé, claquemuré dans une vision passéiste
et rétrograde. Une orientation qui nous fait perdre du temps dans la
modernisation du dialogue interne, qui contraint la créativité indispensable en
cette période de bouleversements, décourage des centaines de salariés, perturbe
et affaiblit les Business, jusqu’à parfois saper l’atteinte des objectifs opérationnels.
Affaiblir pourrait être le terme générique qui résumerait à
lui seul une situation ubuesque si elle n’était contre contre-productive socialement et opérationnellement. Affaiblir tout d’abord la représentation du
personnel. Pas assez docile et conciliante, il faut contraindre sa partie la
plus active par tous les moyens. Affaiblir le salarié lorsqu’il devient
récalcitrant à l’exécution d’ordres incompris ou inadaptés, affaiblir toute
parole contraire pour qu’enfin ne subsiste qu’une seule voix, celle qui représenterait
la vérité, l’excellence, la droiture !
Mais nos entreprises ne peuvent plus fonctionner selon un
tel modèle, ou bien elles dysfonctionnent! Un modèle qui apparaît en totale contradiction avec la nécessité de repenser de fond en comble les relations sociales, d’abord parce que le temps du patron
tout puissant et déifié est révolu. Ensuite parce que la réussite d’une entreprise
se mesure aussi à la qualité de son environnement social. Enfin parce que la complexité
et la rapidité de l’évolution de nos organisations supposent des corps intermédiaires
solides, des représentants du personnel formés, capables de communiquer, de jouer le rôle de go-between entre
une Direction parfois coupée des réalités opérationnelles et une base souvent
soumise à de multiples mouvements, des soubresauts et décisions subis par des salariés ballottés entre résignation et volontarisme, ou pire atteint dans leur intégrité physique ou psychologique.
Mais pourquoi une entreprise comme CANAL+ subit elle un
modèle aux antipodes de son ADN ? Nous pensons que c’est une "punition" issue
d’une "erreur" originelle ou en tout cas considérée comme telle et que CANAL n’en finit pas de payer.
Souvenez-vous, 2001, c’est la crise, une entreprise au bord de la faillite, une
restructuration à la hussarde et un premier jugement, si CANAL en est
arrivé là, c’est que cette entreprise n’était pas organisée, jouissait d’une
autonomie contraire aux principes de base de l’organisation capitaliste, un
patron, un objectif, et pas de discussion, exécution! Pourtant la fulgurance de la réussite des premières années devraient amener à plus de retenue!
Depuis 2005, c’est exclusivement ce modèle managérial qui est à
l’œuvre. S’il a fait ses preuves dans les premières années du redressement,
2001-2005, pour permettre à l’entreprise
de se relever d’un drame historique, sa poursuite et son extension dans les
années qui ont suivi ont empêché la création d’un modèle renouvelé adapté à la
nouvelle donne, une entreprise redressée financièrement mais en mutation profonde dans un environnement concurrentiel et technologique en profonde évolution.
C’est à ce moment-là que tout dérape ! Comme dans tout
système coercitif, maintenir la pression ne suffit pas, il faut sans cesse l'accroître encore et toujours car les vents de la contestation s’expriment de plus en plus
ouvertement. Et quand ils ne peuvent s’exprimer, ils provoquent des tensions ou des ruptures menant
jusqu’au burn-out des salariés exténués, des cadres importants qui n’en peuvent
plus de devoir mettre en œuvre un modèle managérial si éloigné de leur conception
personnelle, plus ouvert et respectueux. La cassure devient alors inévitable, c'est le moment de la rupture.
Si la contrainte sociale atteint dans ses fondements les relations
du personnel, elle ne permet pas non plus de résoudre les difficultés
inhérentes à la modernisation de nos organisations ni de faciliter l’atteinte de nos
objectifs opérationnels. C’est pourquoi, depuis des mois, ces réorganisations
se traduisent d’abord par des départs plus ou moins contraints de dizaines de salariés. Car dans un modèle de ce type, nous sommes incapables d’accompagner des
salariés dans leur carrière, de susciter des vocations, de former correctement les uns et les autres aux évolutions de l'entreprise. Nous sommes dans la caricature d’un modèle anti-écologiste, c’est
périmé, il faut jeter... sauf qu'ici il s'agit d'hommes et de femmes investis totalement dans leur job !
Si l’entreprise n’est pas la cité, si la démocratie s’arrête
aux portillons de l'entreprise où l’on badge chaque matin, imaginer l’entreprise du 21eme siècle comme une prison dorée est absurde et contre-productif.
Et c’est ici que
nous revenons à nos comparaisons! D’abord chez Vivendi avec le contre modèle
SFR et ses réussites y compris dans ses transformations profondes à l’œuvre aujourd’hui. Une permanence
du dialogue social, une continuité dans le respect des instances sociales. Plus
loin de nous, mais pas si éloigné car nous avons l'habitude des relations sociales avec nos amis Allemands d'Universal Music dans le cadre de nos instances sociales européennes chez Vivendi, un modèle pourtant bien connu de certains
de nos patrons qui ont œuvré dans ce pays, et qui en connaissent donc toute la la richesse, un dialogue social fondé sur le respect, l’échange, l’écoute et là-bas
jusqu’à la codécision !
Le Journal Le Monde titrait dans son édition du 24 avril, « Heureux
comme un Allemand ». La réussite économique, c’est aussi la réussite
sociale, et imaginer gagner les prochaines batailles sans remise en cause
profonde de notre modèle de relations sociale seraient aussi utopique qu’illusoire,
nous gagnerons ou nous perdrons ensemble!
Les transformations du Groupe Vivendi, la construction d’un
pôle médias pugnace et combatif nécessitent chez nous la construction d’un nouveau modèle social décrispé et respectueux! Inscrire le
futur de ce futur pôle dans l’archaïsme social ambiant serait lui faire perdre une partie
de sa vitalité. Ce serait certainement
contrarier l’avenir !
Le risque est réel et avéré, pour le faire mentir, il est
urgent d’agir !