Mais, finalement, est-ce la bonne question? Depuis 15 jours, une partie de la presse Parisienne s'est emparée de l'annonce faite par Bertrand Meheut de passer la main à Rodolphe Belmer dans un avenir encore incertain.
Cette information n'a pas étonné plus que de mesure les salariés du Groupe. Ils savent que Bertrand Méheut souhaite assurer au Groupe une transition tranquille. Rodolphe Belmer avait été présenté depuis longtemps par lui comme son dauphin naturel... Après 10 années de bons et loyaux services, une nouvelle étape pour CANAL+ ?
Ainsi, CANAL+ pourrait ainsi entrer dans sa 8ème vie… en détail dans ce post !
Un nouveau rêve?Mais, au-delà des hommes, c’est la question du projet qui intéresse les 4000 salariés du groupe… Et il faut bien avouer que sur ce plan nous restons pour l’instant dans l’expectative. Le métier de base de CANAL restera la Pay TV, le modèle mérite d’être exposé, développé, expliqué. Soyons persuadés que les élus du Comité d’Entreprise bénéficieront rapidement d’un éclairage salvateur… qui ne pourra se limiter à la présentation d'un énième plan d’économies. Ces plans qui mettent en cause non seulement le financement des projets mais tout simplement le fonctionnement quotidien de l’entreprise et son organisation…
Sur le plan Editorial, le développement d’un pôle du clair va-t-il influer sur les contenus de CANAL+. Quel avenir pour les émissions du clair, emblématiques et historiques, Les Guignols, Groland…la création originale qui nécessite des investissements toujours plus importants, ou les investissements classiques, sports, cinéma, news…
Sur le plan technologique, sommes-nous prêts à affronter l’arrivée de la TV connectée, d’imaginer la disparition du décodeur…
Pour la relation client, le développement des réseaux sociaux, la qualité de service dans un environnement financier de plus en plus contraint… le maintien des emplois de nos services en France...
Et en distribution, quel avenir pour CANALSAT, pour notre réseau de distribution, allons-nous distribuer les chaînes d’Al Jazeera…
Et enfin sur le plan social, la refonte nécessaire, indispensable, urgente d’une politique usée, car il ne saurait y avoir de succès sans adhésion des salariés. Cette adhésion dont nous ressentons qu'elle fait de plus en plus défaut, un constat comme jamais nous n'avions pu en faire depuis 28 ans!
Rodolphe... du rêve stp… !
Que va faire le nouveau patron de CANAL+ et dans combien de temps? Que va-t-on changer pour construire enfin un CANAL+ à nouveau conquérant et toujours plus créatif? Avec ses salariés ou à côté d’eux?
C’est peut être sur ce terrain que les réponses sont les plus attendues tant l’incompréhension d’un modèle managérial contraint bloque toute initiative dans une période où la créativité ne doit pas être qu'une valeur portée comme étendard sur l’entretien annuel des collaborateurs.
Du rêve, oui, certainement, mais aussi du respect, de la communication, et un véritable projet présenté et partagé avec tous, voilà l’une des clés des futurs succès du Grand CANAL+!
Petit retour historique sur 28 années d'une histoire incroyable...
1ère période, le lancement4 novembre 1984 - Janvier 1985 : André Rousselet lance CANAL+, première chaîne privée par abonnement en France... Des milliers de Français adhérent au projet alors que les décodeurs ne sont pas encore commercialisés... Le 4 novembre 1984 fut un jour extraordinaire, une révolution était en marche!
2ème période janvier - avril 1985… la première crise!
François Mitterrand annonce, lors de ses vœux présidentiels, la multiplication des chaînes locales et la déclinaison à l'infini… ou presque de programmes de TV de proximité... le tout en analogique, le numérique était encore un rêve...
Patatras, le recrutement des abonnés à CANAL+ chute de 70 à 80% en quelques jours... Déjà après 3 mois d'existence, la première crise...
Mais les français attendront longtemps leurs chaînes locales.... La presse se déchaîne "…au moins sur le Titanic on coulait en chantant…" titre un hebdomadaire, les rapaces se présentent alors pour dépecer cet objet incongru et gênant, déjà… Mais c’était sans compter sur la pugnacité d’André Rousselet et la mobilisation des centaines de salariés…
3ème période avril 1985 à 1994...
Renégociation des accords avec le cinéma, périodes de clair musclées, politique marketing agressive, déception et attente des Français sur une annonce un peu prématurée... les abonnements repartent… et pratiquement prendant 10 ans ne cesseront d'aimenter le développement du Groupe!
C'est la période faste de CANAL+, le moment où se réalise le rêve, ou Canal+ devient incontournable, branchée, moderne, indispensable...
A l'origine, le modèle économique, c'était 1 million d'abonnés, puis largement et rapidement dépassé, on atteint 2 puis 3 millions d'abonnés...
André Rousselet gère d'une main de maître ce nouvel empire dont il essaime quelques sosies en Europe, Belgique, Allemagne...
Rapidement, CANAL+ s’impose comme une référence Européenne puis Mondiale.
Dans le même temps, Canal+ développe une industrie technologique de premier plan, jamais égalée depuis : CANAL+ Technologies. Cette filiale emploiera alors plus de 600 ingénieurs en CDI du côté de Montparnasse, et commercialisera dans le monde entier des systèmes de contrôle d'accès et d’interactivité de très grande qualité, rivalisant avec les meilleurs systèmes mondiaux de l’époque...Dans cette période, André Rousselet saura récompenser les salariés par un partage équilibré de la valeur ajoutée ainsi créée... 13eme mois, primes exceptionnelles à chaque atteinte d’objectif, plan d'épargne... Les clients, les collaboratreurs, les actionnaires, tous profiteront d'un cercle vertueux, tous partageront les succès éditoriaux, managériaux, technologiques de ces premières années.
4ème période, le politique rattrape CANAL+…1994, Edouard Balladur, 1er Ministre, crée les fameux "noyaux durs". Des conglomérats capitalistiques censés vérouiller le capital des sociétés "vitales" pour la France à l’heure du développement du capitalisme international débridé, et l’arrivée des fonds de pension Américains. Il fallait protéger les entreprises Françaises...
CANAL+ en était visiblement puisqu’un véritable putsch renverse la minutieuse horlogerie montée par André Rousselet. Celui-ci décide alors de claquer la porte... ce fut le fameux "Édouard m'a tuer" en titre du journal Le Monde (par référence à l'affaire Marchal et au graffiti « Omar m'a tuer »).
Un drame pour les milliers de salariés de l’époque!
5ème période 1994 - 2001, la machine se dérègle...
Pierre Lescure, fils prodigue désigné comme successeur doit prendre le manche, mais un peu précipitamment... Dans la douleur, il s'installera dans le fauteuil présidentiel... plusieurs mois après le départ d’André rousselet.
Difficile de remplacer le père adulé, consacré, assassiné par quelques intérêts de bas étage alors que CANAL+ était en passe de devenir un acteur majeur de l'audiovisuel européen...
C'est l’époque des dépenses plus ou moins contrôlées, du rachat des chaînes privées détenues dans de nombreux pays par un acteur du luxe mondial Sud-Africain richissime le groupe Richemont. Pays Bas, Danemark, Pologne, Italie… tout y passe, le meilleur et le pire... La restructuration sera couteuse... un puits sans fond...
6ème période 2001-2003
La prise de contrôle par Vivendi du Groupe CANAL+ et le début de l’ère Messier vont rapidement se transformer en drame. L’implosion de la bulle Internet et les dépenses aux quatre coins du monde et notamment aux USA vont avoir raison de l’économie du Groupe. CANAL+, c’est alors 5 milliards d’Euros de chiffre d’affaire et…. 5 milliards d’Euros de dettes… Bref, la faillite est proche…
Mais CANAL+ ne peut pas disparaitre…
La reprise du Groupe Vivendi par Jean René Fourtou signe la fin de l’épopée internationale de "J6M". Retour à la case Française pour CANAL+, sauvée par son actionnaire grâce à un chèque de 3 milliards d’Euros et par la vente de 900 millions d’actifs internationaux notamment… sans oublier un plan social très dur pour près de 400 salariés et des milliers d’emplois externalisés…
7ème période… 2003-2012
Bertrand Meheut prend la main après la passage météorique d'un Xavier Couture, transfuge de TF1... De Crop Science à CANAL+, un monde... et le redressement économique de l'entreprise à marche forcée. Plan d’économies sur plan d’économies et un objectif central : la rentabilité pour notre actionnaire, seulement pour notre actionnaire. Nous y sommes encore…
Et le changement, est-ce maintenant?
Bouleversement du marché de l’audiovisuel, arrivée de nouveaux acteurs "irrationnels", TV connectées, ADSL et Internet comme vecteur primordial… Tout change rapidement.
Alors Rodolphe, prêt pour nous vendre un nouveau rêve? Lequel? Avec qui?
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