Ce n’est pas une spécificité CANAL+, toutes les
entreprises pratiquent un modèle de management tourné vers un objectif premier:
le profit de court terme. Tout le reste, et d’abord l’humain, passera après.
Hérité des modèles anglo-saxons des années 2000, ce système vicié qui
consiste à exiger chaque année une rentabilité importante, 15, 20 ou 30% est
une ineptie, chacun le reconnait aujourd’hui. Ces politiques économiques nous
ont conduit dans l’impasse, tous y compris celles et ceux qu’elle devait
servir. Combien de retraités américains sont aujourd’hui de pauvres retraités
pour avoir cru que les montagnes pouvaient toucher le ciel.
Pas si loin de nous, il y a quelques années, de
nombreux salariés ont subi les mêmes déconvenues, obnubilés par la progression
que l’on croyait irrémédiable des avoirs épargnés ! L’on sait ce qu’il en
ait advenu.
Cette dictature du chiffre est toutefois plus prégnante
chez nous à CANAL que dans les autres filiales du Groupe Vivendi. Le résultat
financier prime sur tout le reste, et quand bien même le business souffrirait
de la conjoncture, de la concurrence, de nouveaux modèles de consommation… peu
importe, « faites suer le burnous, il me faut atteindre ces 20% de
résultat ! »
Mais, l’entreprise n’est pas une addition! Ces femmes et ces hommes qui la font vivre ne sont pas
les yeux rivés sur le cours de bourse ou sur le résultat. Ils travaillent
parfois durement pour satisfaire des clients exigeants, innover dans les plus hautes
technologies, s’adapter à la révolution du commerce en ligne…
Pourtant, ce qui compte au final c’est toujours le Résultat,
ce chiffre qui fera le bonheur de certains de nos dirigeants quel qu’en soit le
coût humain.
Cette politique menée au pas de charge
depuis plusieurs années atteint au paroxysme. Car conserver un Résultat aussi
élevé dans le contexte présent exige encore et toujours plus de sacrifices pour
les salariés. Ces politiques d’économies qui se succèdent d’année en année
touchent aujourd’hui tout un chacun dans son quotidien et parfois dans son
emploi. Depuis plusieurs années, des dizaines de poste n’ont pas été remplacés dans
tous les secteurs du Groupe.
Les effets délétères sont maintenant bien visibles !
Le découragement, la résignation ou la démotivation gagnent partout du terrain.
Pire, cette course au résultat ne produit pas que des effets désastreux sur le
plan macroéconomique, elle atteint la relation humaine dans ce qu’elle a de
plus noble : le collectif !
Pour arriver à ces fins, il faut tout balayer ! Le moindre centime doit être ausculté et c’est comme cela
qu’en 2012, la prise en charge des frais de transports pour de nombreux
salariés fut rognée, que les Journalistes de i>TELE exténués après leur
marathon quotidien doivent maintenant revenir dans l’entreprise pour déposer
leur véhicule de service, que les primes de certains techniciens ont été
supprimés sans crier gare… tout cela sur l’autel du Résultat, il serait
tellement désastreux qu’il n’atteigne pas cette année les 700M€… Une
catastrophe !
Aujourd’hui, les effets de cette politique du chiffre sont
contre productifs! Lorsque l’on commence par supprimer quelques avantages aux salariés,
de ne plus remplacer tous les postes, d'engager des prestataires ou des CDD en lieu et place de CDI,
les effets ne sont pas trop visibles. Lorsque cette politique se décline depuis
7 ou 8 ans, les conséquences en sont bien plus graves.
A côté des acquis et des avantages sans cesse rognés
et remis en cause se nichent les coûts cachés. Ceux que l’on ne veut pas voir. Ils ont pour noms absentéisme, burn out, démotivation,
démission… Ils ont pour conséquences parfois une atteinte à l’intégrité de la
personne, pire un risque plus grave sur l’état mental et physique de certains. C’est ainsi dans toutes les entreprises et nous n’y échappons pas. Nous,
syndicalistes, les côtoyons de plus en plus depuis des années. Nous voyons monter
ce péril mais nos alertes ne servent que le temps… de l’alerte… tout le monde
va bien, on a même changé de médecin pour vous le prouver…
Parfois même il arrive
que ces alertes soient dévoyées, « ...vous voyez bien que cette personne
ne remplit plus sa fonction… c’est pour cela qu’on la licencie… » refusant de constater l’impasse dans laquelle
sont progressivement emmenés de nombreux salariés pour finalement justifier
cette insuffisance professionnelle porteuse de rupture du contrat de travail. …
Des coûts cachés toujours plus importants… Ces coûts-là ne sont pas évalués ! Et nous sommes
persuadés qu’ils atteignent des sommets. Ils contribuent également à perturber
les organisations et finalement à rendre encore plus difficile l’atteinte des objectifs…
un cercle vicieux qui ne cesse de s’aggraver !
Des coûts plus élevés, des risques accrus, cette
recherche de productivité maximale n’a pas pour l’instant généré de drame.
Chacun s’en accommode. Un job aujourd’hui c’est une valeur fragile, donc on se
tait. Pourtant 2013 pourrait apparaitre comme l’année de tous les dangers. D’abord
parce que nous voyons maintenant s’exprimer une souffrance partagée par
beaucoup. Ensuite parce que 7 ans de ce régime et la musculature collective commence
à faiblir sérieusement pour supporter une structure plus complexe, plus lourde. Les
plans d’économies qui se poursuivent à l’œuvre cette année pourraient accroitre
le risque d’une rupture tant le fil devient ténu dans certains secteurs !
Nous l’avons dit en 2012, notamment lors des
négociations salariales de fin d’année, l’emploi, la charge de travail, ce sont
des sujets devenus sensibles, porteurs de ruptures individuelles et
collectives. C’est pourquoi l’ambition première de nos actions syndicales sera d'orienter nos actions vers un objectif simple mais essentiel, redonner davantage de place à l’humain
dans nos organisations.
Redonner davantage de place à l’humain, c’est sortir
du tout Résultat, c’est redonner au manager un rôle constructif, à l’écoute et
au conseil et non de simplifier son action pour le ramener 50 ans en arrière, à
l’époque flamboyante du Taylorisme… alors
que les nouvelles technologies de la communication permettent ce contrôle permanent
à distance, une sorte de taylorisme auto-connecté. Pire, nous participons de
nous même à cette déviance, persuadés de la nécessité d’une connexion permanente!
Ce modèle est périmé et il ne suffira pas de changer
quelques personnes mais bien de repenser en profondeur nos modes de
fonctionnement collectifs avec comme première ambition de replaçer l’humain au cœur de nos
préoccupations.
Plutôt que de sombrer dans la dictature du chiffre
nous préférons parier sur l’intelligence, le collectif, le développement humain.
Utopie? A l’heure où les changements s’annoncent, espérons le renouveau pour
le bien de chacun comme de tous, une ambition bénéfique aussi pour le business !
Ainsi, si CANAL+ ce n'est pas la mine, sans devenir la plage, ce pourrait être un modèle plus vertueux et exemplaire, moins contraignant, plus efficace, plus respectueux... Le bonheur retrouvé... c'est possible... et pas seulement dans le prè!