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15 février 2013

La dictature du chiffre...

Ce n’est pas une spécificité CANAL+, toutes les entreprises pratiquent un modèle de management tourné vers un objectif premier: le profit de court terme. Tout le reste, et d’abord l’humain, passera après.

Hérité des modèles anglo-saxons des années 2000, ce système vicié qui consiste à exiger chaque année une rentabilité importante, 15, 20 ou 30% est une ineptie, chacun le reconnait aujourd’hui. Ces politiques économiques nous ont conduit dans l’impasse, tous y compris celles et ceux qu’elle devait servir. Combien de retraités américains sont aujourd’hui de pauvres retraités pour avoir cru que les montagnes pouvaient toucher le ciel.
Pas si loin de nous, il y a quelques années, de nombreux salariés ont subi les mêmes déconvenues, obnubilés par la progression que l’on croyait irrémédiable des avoirs épargnés ! L’on sait ce qu’il en ait advenu.

Cette dictature du chiffre est toutefois plus prégnante chez nous à CANAL que dans les autres filiales du Groupe Vivendi. Le résultat financier prime sur tout le reste, et quand bien même le business souffrirait de la conjoncture, de la concurrence, de nouveaux modèles de consommation… peu importe, « faites suer le burnous, il me faut atteindre ces 20% de résultat ! »

Mais, l’entreprise n’est pas une addition! Ces femmes et ces hommes qui la font vivre ne sont pas les yeux rivés sur le cours de bourse ou sur le résultat. Ils travaillent parfois durement pour satisfaire des clients exigeants, innover dans les plus hautes technologies, s’adapter à la révolution du commerce en ligne…

Pourtant, ce qui compte au final c’est toujours le Résultat, ce chiffre qui fera le bonheur de certains de nos dirigeants quel qu’en soit le coût humain.

Cette politique menée au pas de charge depuis plusieurs années atteint au paroxysme. Car conserver un Résultat aussi élevé dans le contexte présent exige encore et toujours plus de sacrifices pour les salariés. Ces politiques d’économies qui se succèdent d’année en année touchent aujourd’hui tout un chacun dans son quotidien et parfois dans son emploi. Depuis plusieurs années, des dizaines de poste n’ont pas été remplacés dans tous les secteurs du Groupe.

Les effets délétères sont maintenant bien visibles ! Le découragement, la résignation ou la démotivation gagnent partout du terrain. Pire, cette course au résultat ne produit pas que des effets désastreux sur le plan macroéconomique, elle atteint la relation humaine dans ce qu’elle a de plus noble : le collectif !

Pour arriver à ces fins, il faut tout balayer ! Le moindre centime doit être ausculté et c’est comme cela qu’en 2012, la prise en charge des frais de transports pour de nombreux salariés fut rognée, que les Journalistes de i>TELE exténués après leur marathon quotidien doivent maintenant revenir dans l’entreprise pour déposer leur véhicule de service, que les primes de certains techniciens ont été supprimés sans crier gare… tout cela sur l’autel du Résultat, il serait tellement désastreux qu’il n’atteigne pas cette année les 700M€…  Une catastrophe !

Aujourd’hui, les effets de cette politique du chiffre sont contre productifs! Lorsque l’on commence par supprimer quelques avantages aux salariés, de ne plus remplacer tous les postes, d'engager des prestataires ou des CDD en lieu et place de CDI, les effets ne sont pas trop visibles. Lorsque cette politique se décline depuis 7 ou 8 ans, les conséquences en sont bien plus graves.

A côté des acquis et des avantages sans cesse rognés et remis en cause se nichent les coûts cachés. Ceux que l’on ne veut pas voir. Ils ont pour noms  absentéisme, burn out, démotivation, démission… Ils ont pour conséquences parfois une atteinte à l’intégrité de la personne, pire un risque plus grave sur l’état mental et physique de certains. C’est ainsi dans toutes les entreprises et nous n’y échappons pas. Nous, syndicalistes, les côtoyons de plus en plus depuis des années. Nous voyons monter ce péril mais nos alertes ne servent que le temps… de l’alerte… tout le monde va bien, on a même changé de médecin pour vous le prouver…

Parfois même il arrive que ces alertes soient dévoyées, « ...vous voyez bien que cette personne ne remplit plus sa fonction… c’est pour cela qu’on la licencie… »  refusant de constater l’impasse dans laquelle sont progressivement emmenés de nombreux salariés pour finalement justifier cette insuffisance professionnelle porteuse de rupture du contrat de travail. …

Des coûts cachés toujours plus importants… Ces coûts-là ne sont pas évalués ! Et nous sommes persuadés qu’ils atteignent des sommets. Ils contribuent également à perturber les organisations et finalement à rendre encore plus difficile l’atteinte des objectifs… un cercle vicieux qui ne cesse de s’aggraver !   

Des coûts plus élevés, des risques accrus, cette recherche de productivité maximale n’a pas pour l’instant généré de drame. Chacun s’en accommode. Un job aujourd’hui c’est une valeur fragile, donc on se tait. Pourtant 2013 pourrait apparaitre comme l’année de tous les dangers. D’abord parce que nous voyons maintenant s’exprimer une souffrance partagée par beaucoup. Ensuite parce que 7 ans de ce régime et la musculature collective commence à faiblir sérieusement pour supporter une structure plus complexe, plus lourde. Les plans d’économies qui se poursuivent à l’œuvre cette année pourraient accroitre le risque d’une rupture tant le fil devient ténu dans certains secteurs !   

Nous l’avons dit en 2012, notamment lors des négociations salariales de fin d’année, l’emploi, la charge de travail, ce sont des sujets devenus sensibles, porteurs de ruptures individuelles et collectives. C’est pourquoi l’ambition première de nos actions syndicales sera d'orienter nos actions vers un objectif simple mais essentiel, redonner davantage de place à l’humain dans nos organisations.

Redonner davantage de place à l’humain, c’est sortir du tout Résultat, c’est redonner au manager un rôle constructif, à l’écoute et au conseil et non de simplifier son action pour le ramener 50 ans en arrière, à l’époque flamboyante du Taylorisme…  alors que les nouvelles technologies de la communication permettent ce contrôle permanent à distance, une sorte de taylorisme auto-connecté. Pire, nous participons de nous même à cette déviance, persuadés de la nécessité d’une connexion permanente!

Ce modèle est périmé et il ne suffira pas de changer quelques personnes mais bien de repenser en profondeur nos modes de fonctionnement collectifs avec comme première ambition de replaçer l’humain au cœur de nos préoccupations.

Plutôt que de sombrer dans la dictature du chiffre nous préférons parier sur l’intelligence, le collectif, le développement humain. Utopie? A l’heure où les changements s’annoncent, espérons le renouveau pour le bien de chacun comme de tous, une ambition bénéfique aussi pour le business !  
Ainsi, si CANAL+ ce n'est pas la mine, sans devenir la plage, ce pourrait être un modèle plus vertueux et exemplaire, moins contraignant, plus efficace, plus respectueux... Le bonheur retrouvé... c'est possible... et pas seulement dans le prè!


cgc-canalplus@neuf.fr
Tel 0 171 351 31


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