L'heure des bilans semble se préciser pour un certain nombre
de dirigeants du Groupe. Pour cette raison, il nous semble intéressant de
soulever la question du choix et des orientations sociales soumises au Groupe
depuis environ 7 ans!
Mais pourquoi donc avoir délaissé le terrain du social
pendant ces dix dernières années, et plus particulièrement depuis 2005? C’est
d’autant plus incompréhensible qu’une politique sociale novatrice et respectueuse est constitutive des
succès individuels et collectifs, et c’est particulièrement vrai pour un groupe
comme CANAL+.
Il faut toutefois distinguer 2 périodes depuis 2002!
2002-2006
C’est l’époque de la curée. Une entreprise qui passe de
5000 salariés à 2000, qui se sépare de toutes ses filiales étrangères, ou presque,
qui externalise un nombre considérable d’activités notamment en informatique,
qui vend son siège social du Quai André Citroën, et qui met en œuvre un plan
social pour 400 salariés…
Pendant un an, dans cette période douloureuse et complexe,
les partenaires sociaux accompagneront et construiront un modèle de dialogue
social qui permettra d’éviter ou d’atténuer les drames personnels ou collectifs. L’ensemble
de ce travail serra d’ailleurs reconnu par de grands experts comme une référence
sur le plan juridique.
Pourquoi et comment a-t-on évité une dérive violente ou
destructrice ?
Avant tout parce que le respect était à l’ordre du jour.
Réciprocité des échanges, respect des partenaires, écoute, nous avons travaillé dans la
transparence pour essayer d’amortir au mieux le choc considérable que représentait
cet accident industriel pour des centaines de salariés et leurs familles.
Malgré ces résultats, en 2006, le changement de politique
devient radical !
Changement de responsable, de direction et donc d’orientations…
c’est le bouleversement radical, dès lors, la machine sociale va se crisper, se
gripper…
Mais après tout, il y a du bon à tout bouleverser? Si un
patron recrute un nouveau DRH, c’est qu’il souhaite réorienter sa politique
sociale… Pour le coup elle le fut, mais dans un sens que peu de managers,
responsables ou salariés comprennent. Les questions sont souvent restées
sans réponse… Circulez… tout va bien… le travail est fait !
Un choix réalisé sur la base d’un jugement irrationnel… ?
Car, selon certains dirigeants, il fallait "remettre
cette entreprise au travail". Les salariés ne travaillaient pas assez, le
niveau de productivité était trop bas, et puis il fallait clarifier les
organisations, les alléger, casser les silos qui empêchaient alors l’entreprise
de fonctionner de manière fluide.
Comment faire également dans cette entreprise jugée plutôt libertaire
sinon que de mettre à sa tête un peu d’idéologie et de pratique modèle Margaret
Thatcher… afin de botter les fesses de
ces malotrus pour qu’ils se mettent enfin à travailler…
Ce fut une première distorsion dans l’appréhension de l’environnement
social de CANAL+…
Le CANAL+ flamboyant avait évidemment disparu, criblé de dettes,
il fallait redresser le navire, mais c’était passer par perte et profit 16
années de créativité incroyable, de révolution apportées au PAF de l’époque
dont on a du mal à imaginer la ringardise, et cette formidable réussite
économique pensée et orchestrée de main de maître par André Rousselet coté
gestion, Pierre Lescure côté programmes…
Le modèle social adopté en 2002 puis développé en 2006 est évidemment
à l’opposé de celui construit et voulu par André Rousselet. Pierre Lescure le
raconte d’ailleurs dans son dernier bouquin "In the baba" publié chez
Grasset. Que dit il simplement sur ce sujet : "… le souci du salarié
a contribué aux succès et à la créativité de CANAL+…"
Pour celles et ceux, et il en reste, qui étaient présents à
l’époque, nous ne pouvons qu’approuver. Le modèle social de CANAL+ a largement
contribué à sa réussite économique, à son rayonnement, à sa créativité. Et
l’image extrêmement positive dont l’entreprise bénéficie encore aujourd’hui
vient de là ! Ce n’est pas être passéiste que d’écrire cela, mais plutôt
réaliste. Le bien être contribue aux succès économiques de l’entreprise… tiens
donc ?!
Malheureusement, depuis 2006, ce système gagnant/gagnant est
voué aux gémonies, détruit, attaqué sous couvert de quelques principes
idéologiques surannés et dépassés…
Les exemples sont légions comme la contrainte envers les partenaires sociaux
qui s’est accentuée un peu plus chaque année. Faut-il rappeler les pressions plus
ou moins amicales, pire, les dérapages et les manipulations pour contraindre au
silence… ou intimider…
Ce qui finalement fonde principalement cette politique, c’est
l’attaque systématique des contrepouvoirs, quels qu’ils soient, syndicaux,
managériaux…
Cette drôle de conception du dialogue social nous a conduit régulièrement
dans l’impasse par exemple lors des négociations salariales de ces 3 dernières
années, voire parfois devant les tribunaux!
Mais cette politique a eu également pour effet de faire exploser
le mal être dans bon nombre de services, d’accentuer la pression pour faire
partir des dizaines et des dizaines de salariés, perturbant un peu plus le
fonctionnement des business…
Mais pourquoi donc laisser filer ainsi cette politique
destructrice de valeurs humaines? C’est la grande énigme de ces 6 dernières années!
Le service des intérêts de l’actionnaire peut être en partie
source d’explication. L’objectif de rentabilité
de 20% qui ne sera jamais atteint mais toujours espéré a certainement contribué
à l’émergence puis à la consolidation de cette politique. Plans d’économies,
restructurations, corsetage de la masse salariale… tout est bon pour conserver
des marges dans un contexte proche de la récession.
Le social serait donc accessoire?
Nous pensons que cette politique est néfaste et
contreproductive pour l’entreprise tout autant qu’elle génère de
l’insatisfaction, du mal être, des dysfonctionnements… Il est selon nous
illusoire de construire un modèle social à minima et sous la contrainte…
D’autant qu’il n’a pas fait ses preuves car les business les
plus productifs et les plus créatifs sont ceux qui ont été les moins bousculés alors
que la désorganisation, l’incompréhension, la perte de sens a gagnée l’autre
partie de l’entreprise.
Les silos se sont reconstitués, les coteries se sont à
nouveaux reformées, le niveau de fatigue atteint des sommets et vire à
l’inquiétude, l’environnement est gangréné par une lancinante désaffectation de
très nombreux salariés tombés dans « l’aquabonisme..»
Cette politique de court terme obère le proche avenir. Elle constituera sans aucun doute un réel écueil pour les futurs dirigeants qui devront reconstruire un nouveau modèle plus respectueux des valeurs humaines fondamentales.
Evidemment une autre politique sociale est non seulement
possible, mais souhaitable. Elle devra reposer sur quelques principes simples
comme le respect des partenaires sociaux, le respect des lois sociales, un
dialogue renouvelé, des organigrammes complétés… Alors nous aurons toutes
les chances d’affronter avec détermination et bonheur les chantiers du présent et du futur, avec
les salariés, pas à côté d’eux.
C’est l’un des chantiers majeurs de ces 3 ou 4 prochaines années.
Redonner du sens, des objectifs atteignables et compréhensibles, construire des
organisations stables et reconnues, casser à nouveau ces silos, recréer des
passerelles inter-métiers… bref concevoir une politique sociale ambitieuse au
service de l’entreprise et de ses salariés.
Le 4ème épisode de l’histoire
sociale de CANAL+ pourrait être exemplaire!
Ce n’est pas nous qui en décideront !
En revanche, s’il venait à éclore, nous y prendrions notre
part et notre place!
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