Jeudi dernier, les Echos publiait...
« Le groupe Canal+ a annoncé aujourd'hui la reprise de 60 % du capital de Direct8 et de Direct Star, les deux chaînes du groupe Bolloré diffusées gratuitement sur la télévision numérique terrestre. Le président de Canal+ revient pour Les Echos sur les détails de l'opération. » Cette annonce en a surpris plus d'un lorsqu'elle fut rendue publique. La convocation d’un CE extraordinaire à CANAL+ et à Vivendi avait déja suscité de nombreuses interrogations. Nous ne savions pas encore que chez Bolloré se tenait également au même moment un autre CE extraordinaire. Pendant ce temps, les patrons de business de CANAL+ attendaient patiemment 18h pour transmettre l'info à leurs plus proches collaborateurs... Ordre suprême...
Sur cette affaire, nous pouvons tenter une triple lecture : économique, politique et sociale.
Mais soulignons d’abord que CANAL+ semble enfin se réveiller pour repartir à l’offensive alors que de nombreuses perspectives se sont avérées hasardeuses ces dernières années.
Citons par exemple le potentiel de développement de la Pay TV en France qui devait receler encore 3 à 4 millions de clients supplémentaires pour atteindre la cible de 15 millions d’abonnés à l’horizon … 2010… nous en sommes loin...
Ou les aventures internationales qui devaient accompagner le développement du Groupe et renforcer son positionnement. Là encore, nos stratèges se sont trompés. Le CANAL+ Vietnamien, dernière acquisition à l’étranger, démontre combien le marché de la pay-tv est risqué même pour un opérateur historique comme CANAL.
Enfin, l’arrivée de la TV connectée et notamment des mastodontes Américain comme Apple, Netflix, Youtube ou Google, impose une mobilisation générale pour se préparer à la prochaine révolution technologique… du producteur au consommateur, les diffuseurs risquent de violemment souffrir...
L’opération réalisée par CANAL suffira-t-elle pour amortir ce choc là ? Rien n’est moins sur. Mais saluons la capacité du Groupe à opérer un virage stratégique qui le replace en acteur incontournable dans un paysage en pleine effervescence.
Une lecture économique
Inutile de revenir sur cet aspect tant les commentaires ont déjà été nombreux sur le sujet depuis 3 jours. Sur le Net comme dans la presse écrite, chacun commente à sa façon ce nouvel épisode de la recomposition du PAF Français. Les Echos, qui ont sorti l’info jeudi soir, aussitôt suivi du Point, puis du Figaro, du Monde, etc… chacun peut décrypter dans ces articles l’enjeu économique pour le Groupe CANAL et les conséquences potentielles sur le paysage audiovisuel. Une lecture politique…
Contrairement au journaliste du Figaro Enguérand Renault, qui indiquait dimanche soir dans l’émission de F. Martel http://www.franceculture.com/emission-soft-power.html qu’il ne voyait pas d’impact politique dans cette affaire, nous pensons au contraire que cette opération est éminemment sensible.
Proche du président, peut-on imaginer un instant que sur un dossier aussi complexe, l’Elysée n’est pas été un seul instant dans la boucle… ?
Ensuite parce que CANAL+ devrait au minimum se séparer d’une chaîne de la TNT puisque nous ne pouvons n’en diffuser que 7. Parmi ces chaînes i>TELE, la chaîne d’info du Groupe dont B. Meheut a affirmé qu’il était hors de question d’en stopper la diffusion sur la TNT… Alors, laquelle ? Un choix aux incidences potentiellement politique également...
Enfin parce que, comme le journal Le Monde de ce WE le révèle, les relations étroites entre Jean-René Fourtou, Etienne Mougeotte, et certains proches de l’Elysée, se réunissant régulièrement à Neuilly au domicile du président de Vivendi, nous font penser que l’on ne fait pas que prendre le thé et jouer au poker dans ces moments là … Car dans cette affaire, c’est bien Vivendi qui est à la manœuvre. Actionnaire majoritaire du Groupe, rien ne pourrait se faire sans l’aval et le financement de notre maison mère.
Une lecture sociale…
Sur ce terrain, quand-bien même nous contestons régulièrement ces dernières années, certaines orientations sociales de CANAL+, la situation semble bien différente au sein des entreprises du groupe Bolloré. Aussi, les 167 salariés de Direct8, les 17 de Direct Star et la centaine de la régie Pub seront certainement mieux traités au sein du Groupe CANAL+, bénéficiant de l’expérience et du volontarisme de quelques syndicats pour que soient respectées et appliquées certaines valeurs de bases, essentielles et incontournables…
Mais pour cela, il y a un impératif, l’intégration des entités acquises dans l’UES de CANAL+. La réussite de cette opération passe aussi par là. Le schéma que notre syndicat défend, c’est celui qui a présidé à l’intégration des chaînes et des salariés de TPS. Les entités sociales de TPS ont été dè l'origine du projet intégrées dans l’UES de CANAL+. Ce fut une réussite globale, et cette décision n’y est pas pour rien ! Les semaines qui viennent vont donc nous permettre de vérifier le volontarisme de nos dirigeants en la matière. Sont-ils soucieux du développement économique mais aussi social des entreprises qu’ils dirigent ? Un autre discours serait désastreux pour le proche avenir. Ne gâchons pas l’avenir avec des analyses à courte vue. Il ne peut y avoir dans le Groupe CANAL+ des salariés de seconde zone. Il en va de l’intérêt et de l’avenir de nos business.
Notre ambition : éviter toute crispation, nécessairement dommageable pour le business et pour la réussite globale de cette opération. N’obérons pas l’avenir!