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11 novembre 2014

La fête est finie et maintenant ?

Déjà le temps des photos, des vidéos, des souvenirs est venu, et maintenant what happens ?
 
Une partie de la réponse se trouvait sur scène en ce jeudi 6 novembre. Non pas du côté de « M » le fils de Louis, on aime ou pas, mais reconnaissons la capacité du fils de L. Chedid de mettre de l’ambiance. La réponse sur le proche avenir nous a été transmise en partie  par les premiers montés sur scène de cette soirée, les talentueux salariés de CANAL, capables de maîtriser la technique audiovisuelle et la guitare basse, la gestion d’un service clients et la chanson rock, le management d’un pôle Edition et la guitare, franchement du travail de pro ! Bravo, chapeau bas!

Parmi ceux-là, certains sont en partance, d’autres plus ou moins sur la sellette, dans le collimateur d’une vaste réorganisation qui ne veut pas dire son nom ! Démissions, ruptures conventionnelles ou licenciements, les organisations de CANAL bougent à marche forcée en cette fin d’année 2014!

Des lendemains plus ou moins rock and roll selon la position que l’on adopte ! Car nul doute que ce qui se passe en cette fin 2014, annonce une année 2015 mouvante, notamment sur le plan social. Ce que nous mesurons difficilement, c’est le degré d’acceptabilité de ces restructurations plus que de leur efficacité. De ce point de vue, les chiffres parlent d’eux-mêmes et les choix réalisés depuis plusieurs mois, voire depuis plusieurs années dans certains secteurs comme celui de la Distribution, ne donnent pas loin de là, les résultats escomptés. La crise a parfois bon dos et il ne suffit pas de remplacer des « vieux » par des « jeunes » pour que ça marche !  C’est dans un cocktail subtil de mélanges de compétences, d’âges, de mobilité intelligente, de recrutements judicieux que la mayonnaise peut prendre et le business resplendir!   

Les causes de cette politique contre-productive sont connues. Elles ne concernent pas que CANAL mais toutes les entreprises moyennes ou grandes qui ont pour premier objectif un niveau minimal de rentabilité, 20 ou 30% c’est selon, un chiffre en dessous duquel l’entreprise n’est pas assez rentable… d’abord  pour ses actionnaires! Là comme ailleurs, la crise aidant, il faut dégager des marges même lorsque le business est à la peine. Parmi ces marges, il en existe une, simple à mettre en œuvre car malléable,  le social… les salariés ! Ajoutons une volonté de forcer le renouvellement des générations et nous avons là les ingrédients classiques et malheureusement banals de la vie de nos entreprises Françaises, calqué sur un modèle mondialisé mais destructeur de valeurs, de business et surtout d’emplois !

Un modèle pas seulement destructeur de valeurs et d’emplois, mais aussi de créativité !
Tout un pan déjà dissout de la créativité du CANAL+ historique est parti. Il en reste quelques oripeaux mais qui sont maintenant dans le collimateur, la cible idéale, plus âgés, chers payés et pas assez geek !

Cette belle histoire de la réussite d’un projet incroyable devrait donc finir de se dissoudre pour faire place au renouveau d’un business tout orienté Internet…. 
Sur ce plan, il serait temps !  Nous avons raté le coche il y a 10 ans, il faudrait mettre les bouchées doubles pour combler ce déficit ! S’il faut évidemment investir fortement les nouveaux espaces numériques incontournables et vitaux, il serait absurde de penser construire le nouveau CANAL sur un champ de ruines sociales!

Car l’expérience de ces 7 dernières années en a déjà démontré ses limites! La nouveauté sur le plan éditorial, nous n’en sommes plus toujours à l’avant-garde, les expériences technologiques nous précèdent bien souvent alors que nous étions les meilleurs dans les années 90/ 2000. Cette créativité, ces choix stratégiques  furent portés à l’époque par un homme qui, en créant CANAL+ en 1984, fêtait ses 62 ans, André Rousselet !

L’âge et l’expérience pour engager, développer imaginer, entraîner toute une génération de créateurs et d’artistes, d’inventeurs et de doux rêveurs aux idées géniales,  toute une expérience extraordinaire qui donne encore aujourd’hui à CANAL+ l’image de la réussite et de l’innovation!

C’est d’ailleurs, fait révélateur, une fois parti, que le bateau a pris des chemins de traverses qui ont failli lui coûter la vie… C’est de l’histoire, regardons l’avenir

4500 salariés dans l’attente…
Depuis le changement d’actionnaire et la réorganisation de Vivendi, notre actionnaire et propriétaire, tout le monde attend avec impatience le message de clarification qui doit venir. Car si le Groupe Vivendi a vendu quelques bijoux Telecom, il est maintenant totalement propriétaire de 2 belles entreprises, UMG et CANAL+. Et l’on sait Vincent Bolloré particulièrement intéressé par CANAL+. C’est d’ailleurs un changement fondamental d’organisation, auparavant un actionnaire lointain et seulement préoccupé de la rentabilité annuelle de CANAL, aujourd’hui, un actionnaire bien présent, actif, curieux et souhaitant peser de tout son poids sur la stratégie à venir.

Nous la voyons se dessiner cette stratégie ! Développement international… une aubaine que nous soyons déjà implanté dans de multiples pays, merci encore une fois André, un changement de posture avec nos principaux concurrents ou comment passer du contentieux au dialogue, enfin une accélération dans la digitalisation et peut-être un retour dans des  secteurs que nous avons quitté il y a maintenant 10 ans, 3 ou 4 grands axes qui pourraient faire notre avenir!

Cet avenir ne se construira pas sans être compris et adopté par les salariés et d’abord par son management. Un management qui est entré dans une période troublée alors que ses objectifs semblent tout orienté réduction d’effectifs… « dégraisser » comme l’affirme certains à leurs collaborateurs, plutôt que développement des équipes. Une incongruité qui ne va pas servir nos intérêts de court terme!   

On croyait ce langage désuet, ersatz d’une époque révolue des années 80 quand il fallait fermer des pans entiers de notre industrie française alors que certaines têtes bien faites imaginaient une France de services débarrassées de ses sites industriels et de ses hautes cheminées fumantes… Ils y sont arrivés en partie, avec à la clé aujourd’hui 4 millions de chômeurs…

Si l’on applique ce schéma à l’audiovisuel, ce sont également des centaines peut être des milliers d’emplois qui pourraient disparaître! Car sous couvert d’automatisation et d’industrialisation des process, on peut faire tourner aujourd’hui des machines audiovisuelles avec beaucoup moins de monde. C’est déjà le cas sur certains plateaux de télévision, ce sera encore plus vrai dès demain!
La boulimie d’économies à réaliser, la volonté de réduire les effectifs, de favoriser un fonctionnement automatisé et lorsque ce n’est pas possible, d’externaliser les activités qui peuvent l’être, des concepts en réflexion ou à l’œuvre sur lesquels nous devons réfléchir, agir, et proposer des alternatives. Supprimer des emplois, c’est aussi rappelons-le, empêcher des centaines de Français d’accéder à nos offres, ou de les inciter à se désabonner. C’est déjà le cas pour des centaines de salariés prestataires qui travaillaient pour nous en France et dont les activités de la relation client ont été délocalisées il y a 2 ans au Maroc...  Dans ce contexte, faut-il également accepter que ce soit la collectivité qui assume le coût de la restructuration de ce secteur en prenant en charge par l'assurance chômage les incohérences de nos choix? 

Il n’y a pas de fatalité, seulement de la faiblesse et de l’inaction...  
...dessine-moi un avenir !
Vincent à la manœuvre pour construire le futur, mais quel futur ? Un futur sans âme et sans tripe ? Un futur internationalisé de ratios financiers? Ou un futur de créativité, d’emplois, de sagesse sociale, une machine à favoriser l’émergence de centaines de talents, d’inventer de réinventer la télé, l’audiovisuel, l’entertainment à la Française, le cinéma… ? Nous y sommes dirons certains ! Studio Bagel à l’avant-garde de cette révolution ? Il y faudra plus de moyens, mais surtout, il faudra un changement radical de posture sociale.

L’avenir ce n’est pas la négation du passé, mais ses fondations ! De grandes compétences ont quitté ou vont quitter le Groupe. Elles nous font aujourd’hui cruellement défaut.  Pour que la fête des 40 ans ne soit pas celle d’une banale entreprise de l’audiovisuel mais d’un groupe fort, créatif, reconnu sur le plan national et international, il faudra concilier la grande histoire avec celle qui est à construire, se retourner sur ces 10 dernières années, prendre le meilleur, laisser tomber le pire, et cesser d’opposer l’ancien et le nouveau, le geek et le non geek, et refaire de CANAL une belle aventure économique mais aussi sociale.

Alors CANAL pourrait inventer un modèle européen de l’audiovisuel du 21eme siècle qui n’a pas encore accouché! Les femmes et les hommes de CANAL, ceux d’aujourd’hui et pourquoi pas pour certains, ceux d’hier, un projet humain autant qu’industriel, la 4eme vie de CANAL saura-t-elle relever ces défis ? C’est au nouveau dirigeant de Vivendi d’en décider...

...pour que CANAL soit à nouveau synonyme de réussites industrielle et humaine!   

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