Imaginez un
Groupe bien Français, numéro 1 mondial de la musique, imaginez un acteur
Français numéro 1 mondial des jeux vidéo, imaginez un numéro 1 des télécoms
alternatifs toujours en France, imaginez un Groupe Français, numéro un Marocain des
télécoms, imaginez une entreprise Française numéro une des opérateurs haut débit
alternatifs au Brésil ou encore le numéro un français de la télévision payante…
Ce Groupe
existe, chaque Français le connait, surtout au travers du nom de ses filiales,
CANAL+, SFR, Universal, Activision Blizzard, et même à l’étranger Maroc
Telecom, ou GVT au Brésil... Ce Groupe de 58 000 salariés, ce Groupe qui
affiche un Chiffre d’affaires de près de 30 Milliards d’Euros… Trente Milliards
d’Euros… Ce Groupe va certainement disparaitre dans quelques mois… Sans que cela n’émeuve personne. Lorsque
Vivendi était en faillite en 2001, lorsque J6M dirigeait ce groupe, la presse
vendait du papier pour justifier le démantèlement et la déroute d’un modèle
international de l’entertainment alors à la dérive.
Aujourd’hui,
il ne s’agit point de désastre économique mais de succès… Le relèvement du
Groupe opéré depuis 10 ans est une évidence. Et alors qu’il a survécu à la
crise des années 2000 en se restructurant avec intelligence, il devra
finalement se dissoudre… Cherchez la logique de tout cela… !
Quand on est
numéro 1, n’y a-t-il d’autre alternative que de disparaitre? Comment
expliquer que le démantèlement ait été finalement le choix privilégié par les
dirigeants de Vivendi plutôt que la continuité dans un Groupe qui est allé de
succès en succès ces dernières années. Comment expliquer que personne ne se
soucie de cela alors que Vivendi fait vivre des dizaines de milliers
de salariés en France, employés par le Groupe ou indirectement par des
sous-traitants, alors qu’il est un poids lourd de la création, un acteur majeur
du financement du cinéma Français et Européen, un pôle de développement et de référence
à l’international…
L’explication
vient peut-être de ce que le Canard Enchaîné publiait le 5 décembre dernier
« Le va-tout de Fourtou avec Vivendi »
« … En
10 ans Jean Bernard Levy a redressé le Groupe… mais il a commis une
impardonnable faute aux Yeux de JRF, l’action Vivendi a perdu 30% de sa valeur…
alors que Vivendi a affiché d’excellents résultats en 2010 et en 2011, la plus
belle rentabilité de son histoire et 3,4 Milliards d’Euros de dividendes
encaissés en 2 ans par les actionnaires !»
Depuis, Jean Bernard Levy a été viré, c’est la course à l’échalote.
Eviction du patron de SFR, prise de contrôle de Vivendi par des patrons qui
sont menacés par… la retraite ! Plan social chez SFR, recherche
d’acheteurs tous azimuts pour les filiales à l’étranger, au Maroc ou au Brésil…
Comme le
précise « le Canard » ces décisions n’ont pas bouleversés le
cours de Bourse… c’est le moins que l’on puisse dire. Le journaliste poursuit
en indiquant qu’il serait temps que les 58 000 salariés comprennent l’un
des enjeux de ces manœuvres : de belles plus-values à réaliser. Bolloré possède maintenant grâce à CANAL+ 66
millions de titres, soit 1,056 milliard d’Euros au cours actuel, et JRF selon
le calcul du journal « Les Echos » du 29 novembre, détiendrait
800 000 actions, soit 12 800 000 Euros… A côté de Bolloré, ce
n’est pas grand choses, mais comme indemnité de départ à la retraite, ça peut
faire rêver conclut le journaliste.
Voilà
peut-être comment et pourquoi ce Groupe va disparaitre… Dans la plus
grande indifférence, comme s'il fallait d’abord une faillite, des plans sociaux,
une catastrophe industrielle pour attirer l’attention.
Il y aura dans cette
affaire quelques gagnants, ils sont déjà identifiés. Mais il y aura aussi, soyons en sûr,
des milliers de perdants, d’abord les actionnaires qui une fois encore risquent
de perdre gros et être mis devant le fait accompli en avril ou mai prochain
lors de la prochaine assemblée générale. Il y a bien sur les 58 000
salariés et leurs familles qui attendent parfois impatiemment de voir l’avenir
avec plus de sérénité. Ils sont déjà plus de 1000 à se faire virer sans raison
sinon que pour justifier une vente de SFR au meilleur prix...
Nous
risquons de payer au prix fort ces choix stratégiques qui vont affaiblir
l’ensemble de nos business au lieu de les renforcer. Au final, il risque de n’y
avoir qu’un seul gagnant : Bolloré. Entré au Conseil de Surveillance la
semaine dernière, il est maintenant aux manettes. Avec plus de 5% du capital,
grâce à la vente à CANAL+ des chaînes D8 et Direct Star, vendues au prix fort,
un deal orchestré, voulu par B. Meheut, V. Bolloré va pouvoir dicter ses
exigences, nommer les dirigeants qu’il veut, encaisser les dividendes…
Pour quoi
faire ? Qui a posé
la question à Mr Bolloré ? Même pas les journalistes de i>TELE, la
chaîne Info de CANAL+ ! Ca n’intéresse donc personne ? Et si Bolloré
n’était intéressé que par le catalogue de Droits détenus par CANAL+? Quel
avenir dès lors pour la TV cryptée à la française, l’un des 3 grands groupes de Pay TV au monde à
côté du Groupe Murdoch ou de HBO aux USA…
Alors que
les bouleversements actuels supposent un renforcement des fonds propres,
l’adossement à un actionnaire de référence et en bonne santé, le Groupe va
s’affaiblir de lui-même, se faire ara-kiri, et sombrer dans des turbulences qui
vont entrainer ses activités vers des rivages inconnus.
Et à CANAL+,
décidemment, chaque changement majeur de management plonge le Groupe dans la
plus grande incertitude. Le départ d’André Rousselet avait laissé le Groupe
orphelin. Le départ programmé de Bertrand Meheut va se réaliser dans une
période nouvelle de grande instabilité, marchés bousculés, concurrence de nouveaux
acteurs, bouleversements technologiques, fallait-il y ajouter l’incertitude de
l’actionnariat au risque d’affaiblir un peu plus l’entreprise en l’empêchant
de disposer des moyens de son futur développement ?
Et les
salariés dans cette affaire ? Vous prendrez bien un peu de mon plan social...!