La transformation de nos business, conséquence de la digitalisation
globale de nos environnements, a tendance à faire perdre le sens de certaines réalités
sociales à certains de nos patrons!
Il en est ainsi pour la gestion des âges dans nos entreprises!
Parce que les plus de 50 ans ne seraient pas capables de comprendre le monde et
ses révolutions technologiques contemporaines, il faudrait les jeter par-dessus
bord et favoriser exclusivement le recrutement de jeunes geek internationaux plus à même de s’adapter à cette révolution !
Outre le fait qu’en agissant ainsi nos dirigeants limitent maintenant
le concept de salariés à celles et ceux dont l'âge oscillerait entre 25 et 45 ans,
limitant ainsi à 20 ans la capacité de se développer et de réussir en entreprise, reconnaissons que ce concept
est aussi inadapté qu’inopérant!
Il est étonnant de constater que
cette politique sociale déjà mise en œuvre depuis quelques années, se poursuive
alors qu’elle n’apporte pas, c’est le moins que l’on puisse dire, les résultats
escomptés...
Heureusement, tout au moins pour celles et ceux qui ont la chance
de disposer d’un contrat de travail en CDI, le droit du travail vient amortir
un choc qui sinon pourrait être violemment destructeur socialement
Pour essayer de résoudre cette équation contemporaine, le gouvernement
a décidé de proposer à la négociation collective un accord dit « de génération »
Ambition : favoriser l’engagement des jeunes dans des emplois pérennes tout en maintenant
ou mieux en permettant le recrutement de "seniors" chez nous, des
personnes de 50 ans et plus
Cette négociation obligatoire dans les
grandes entreprises sous peine d’amende salée, fut ouverte ces dernières semaines à CANAL+ comme ailleurs
Et c’est ainsi que
depuis plusieurs semaines, nous tentons de négocier un accord avec pour ambition
d’atteindre les objectifs fixés par la loi, le recrutement de jeunes et le maintien
ou le recrutement de plus anciens... rien de plus normal jusque là!
Oui mais voilà, l’objectif à atteindre ne colle pas tout à
fait avec l’idée que se font certains dirigeants de l'entreprise rêvée. Certains en viennent même à considérer que la résolution des difficultés actuelles et surtout l’adaptation de notre modèle
économique suppose le renouvellement conséquent de la base sociale de l'entreprise !
Mais que font encore
ces cinquantenaires dans cette entreprise alors que n’avons besoin que de
jeunesse internationale et mobile ! Totalement has been le CANAL+ 2013 ! Mais ces salariés qui n'ont plus leur place dans l'entreprise et dont le monde du travail ne veut plus... c'est quoi leur avenir?
Outre le fait que ces responsables qui nous tiennent ces
discours ont dépassé ou vont atteindre très prochainement l’âge
fatidique, cette analyse repose sur une vision étriquée et de très court terme
de notre monde en révolution
Ces seniors qui sont aujourd'hui les plus gros consommateurs de télévision sont aussi geek que les plus jeunes! Car la révolution technologique en cours touche tout le monde, jeunes ou
vieux, actifs ou inactifs, formés ou ignorants. De plus, les technologies sont en
progrès pour… justement se faire oublier. Ainsi n’est-il plus rare de voir des personnes
d'un âge "avancé" utiliser avec prouesse
des outils que l’on croyait destinés à de jeunes pousses. Tout est prévu
justement pour faire oublier la technologie. Fini le manuel, ces objets sont
conçus pour fonctionner simplement.
Dans ce contexte et en agissant ainsi avec ses seniors, les entreprises se trompent de
stratégie sociale sans servir leurs intérêts économiques et créent une nouvelle
race de réfugiés, les réfugiés économiques, ces cinquantenaires sans avenir ! Des réfugiés par l’âge
sans qu’ils n’aient à bouger de leur pays et qui se retrouvent aujourd’hui
catégorisés déficients technologiques et nécessairement évincés, mis à l'écart !
Faudra-t-il un jour envoyer tout ce monde dans des embarcations
de fortune vers des cieux incertains? En agissant ainsi, nos dirigeants renvoient à la puissance publique leur incapacité à penser un monde du
travail diversifié. Pôle Emploi et la collectivité devront absorber cette cohorte
d’exclus économiques !
Une image désastreuse de l’entreprise, une absurdité économique, un gâchis social! Absurde car 50 ans est aujourd’hui un âge de raison lorsque l’on
s’inscrit dans une carrière professionnelle. L’âge où l’on sait ce qui marche
et pourquoi et surtout pourquoi ça ne marche pas. Une capacité à agir aujourd'hui aussitôt annihilée
par ce couperet de l’âge. Une erreur stratégique aussi parce qu’à cet âge, on
consomme, c’est-à-dire que l’on est en mesure d’acheter des produits... technologiques, pour soi-même et pour ses enfants...
De la diversité ! Nous construirons nos succès futurs
sur nos expériences passées ! Imaginer comme le font certains DRH que l’on
peut réussir en proposant une page blanche à de nouveaux venus pour atteindre
le nirvana productiviste va nous conduire irrémédiablement à l’échec.
Une illusion dangereuse ! C’est pourquoi l’accord présenté à la négociation intégrait cet équilibre entre recrutements
nécessaires, indispensables de jeunes de tous horizons, mais aussi le maintien
dans l’emploi voire dans certains secteurs le recrutement de seniors !
Notre entreprise vieillirait de 9 mois par an, inacceptable, on va dans le mur ! Plutôt que ces poncifs éculés,
nous proposons de regarder dans le détail la réalité sociale et économique de
notre Groupe. Partout où l’on met en œuvre
cette politique de la terre brulée, le business va plus mal, l’ambiance s’est
dégradée, le volontarisme professionnel s’est effrité. Cette réalité-là est incontestable
et elle est d’abord dû au fait qu’un paquebot ne peut prendre un virage à 180°
sans quelques précautions
Première des précautions, s’assurer que tout est bien
arrimé avant de virer de bord. La déstabilisation sociale n’est jamais
bonne dans un contexte de tensions économiques. Seconde précaution, s’assurer que
le message soit bien compris et assimilé. Dans notre cas, encore faudrait-il au
message de parvenir à tout un chacun.
Et puis il faut étendre le débat plus largement
car contrairement aux idées reçues, les historiques encore présents
savent ce qui cloche, sont force de propositions, sont à même
de regarder au loin les transformations profondes qui affectent nos business
au travers d'une histoire déjà longue de notre entreprise et des soubresauts qu'elle a déjà traversé
Sur ces points nous formulons des propositions originales,
modernes, contemporaines, pour favoriser le débat, pour l’étendre, le rendre fluide…
Mais certainement que notre séniorité associée à la position de syndicaliste nous
rend inaudible... Dans ces conditions, la crainte peut être réelle de voir
cette obstination nous rapprocher de certaines catastrophes industrielles, Alcatel ou d'autres!
Ce débat sur le contrat de génération est donc bien plus qu’un
débat social! il est aussi une occasion de penser nos entreprises en
transformation non pas dans la contrainte mais dans l’échange, le partage, l’écoute
intergénérationnel. Les entreprises jeunes ne le restent pas très longtemps
lorsqu’elles commencent à se développer. Elles intègrent des expériences plus
âgées. Alors plutôt que de jeter les nôtres, utilisons-les pour penser l’avenir !
L’accord Génération pour une politique sociale
équilibrée devait nous permettre d’aborder toutes ces questions
en transparence et de façon constructive. Le cahier des charges est loin d'être respecté, nous ne
pourrons pas apposer en l’état notre signature à cet accord. Nous regrettons ces barrières idéologiques qui empêchent au débat social de prendre toute son ampleur
L'accord Génération devait être l'occasion de repenser un modèle social étriqué et contre-productif, visiblement, le temps n'est pas encore venu!
"Les entreprises meurent rarement pour avoir bougé trop
rapidement, mais elles meurent souvent pour avoir réagi trop lentement."

cgc-canalplus@neuf.fr
Le 4 novembre, c'est aussi l'anniversaire de CANAL+! 29 bougies mais aujourd'hui beaucoup trop d'incertitudes! Bon anniversaire.