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15 août 2012

CANAL+ : l'énigme sociale

L'heure des bilans semble se préciser pour un certain nombre de dirigeants du Groupe. Pour cette raison, il nous semble intéressant de soulever la question du choix et des orientations sociales soumises au Groupe depuis environ 7 ans!

Mais pourquoi donc avoir délaissé le terrain du social pendant ces dix dernières années, et plus particulièrement depuis 2005? C’est d’autant plus incompréhensible qu’une politique sociale novatrice et respectueuse est constitutive des succès individuels et collectifs, et c’est particulièrement vrai pour un groupe comme CANAL+.

Il faut toutefois distinguer 2 périodes depuis 2002!

2002-2006
C’est l’époque de la curée. Une entreprise qui passe de 5000 salariés à 2000, qui se sépare de toutes ses filiales étrangères, ou presque, qui externalise un nombre considérable d’activités notamment en informatique, qui vend son siège social du Quai André Citroën, et qui met en œuvre un plan social pour 400 salariés…

Pendant un an, dans cette période douloureuse et complexe, les partenaires sociaux accompagneront et construiront un modèle de dialogue social qui permettra d’éviter ou d’atténuer les drames personnels ou collectifs. L’ensemble de ce travail serra d’ailleurs reconnu par de grands experts comme une référence sur le plan juridique.

Pourquoi et comment a-t-on évité une dérive violente ou destructrice ?
Avant tout parce que le respect était à l’ordre du jour. Réciprocité des échanges, respect des partenaires, écoute,  nous avons travaillé dans la transparence pour essayer d’amortir au mieux le choc considérable que représentait cet accident industriel pour des centaines de salariés et leurs familles.

Malgré ces résultats, en 2006, le changement de politique devient radical !
Changement de responsable, de direction et donc d’orientations… c’est le bouleversement radical, dès lors, la machine sociale va se crisper, se gripper…

Mais après tout, il y a du bon à tout bouleverser? Si un patron recrute un nouveau DRH, c’est qu’il souhaite réorienter sa politique sociale… Pour le coup elle le fut, mais dans un sens que peu de managers, responsables ou salariés comprennent. Les questions sont souvent restées sans réponse… Circulez… tout va bien… le travail est fait !

Un choix réalisé sur la base d’un jugement irrationnel… ?
Car, selon certains dirigeants, il fallait "remettre cette entreprise au travail". Les salariés ne travaillaient pas assez, le niveau de productivité était trop bas, et puis il fallait clarifier les organisations, les alléger, casser les silos qui empêchaient alors l’entreprise de fonctionner de manière fluide.

Comment faire également dans cette entreprise jugée plutôt libertaire sinon que de mettre à sa tête un peu d’idéologie et de pratique modèle Margaret Thatcher…  afin de botter les fesses de ces malotrus pour qu’ils se mettent enfin à travailler…

Ce fut une première distorsion dans l’appréhension de l’environnement social de CANAL+…
Le CANAL+ flamboyant avait évidemment disparu, criblé de dettes, il fallait redresser le navire, mais c’était passer par perte et profit 16 années de créativité incroyable, de révolution apportées au PAF de l’époque dont on a du mal à imaginer la ringardise, et cette formidable réussite économique pensée et orchestrée de main de maître par André Rousselet coté gestion, Pierre Lescure côté programmes…

Le modèle social adopté en 2002 puis développé en 2006 est évidemment à l’opposé de celui construit et voulu par André Rousselet. Pierre Lescure le raconte d’ailleurs dans son dernier bouquin "In the baba" publié chez Grasset. Que dit il simplement sur ce sujet : "… le souci du salarié a contribué aux succès et à la créativité de CANAL+…"

Pour celles et ceux, et il en reste, qui étaient présents à l’époque, nous ne pouvons qu’approuver. Le modèle social de CANAL+ a largement contribué à sa réussite économique, à son rayonnement, à sa créativité. Et l’image extrêmement positive dont l’entreprise bénéficie encore aujourd’hui vient de là ! Ce n’est pas être passéiste que d’écrire cela, mais plutôt réaliste. Le bien être contribue aux succès économiques de l’entreprise… tiens donc ?!

Malheureusement, depuis 2006, ce système gagnant/gagnant est voué aux gémonies, détruit, attaqué sous couvert de quelques principes idéologiques surannés et dépassés…

Les exemples sont légions comme la contrainte envers les partenaires sociaux qui s’est accentuée un peu plus chaque année. Faut-il rappeler les pressions plus ou moins amicales, pire, les dérapages et les manipulations pour contraindre au silence… ou intimider…

Ce qui finalement fonde principalement cette politique, c’est l’attaque systématique des contrepouvoirs, quels qu’ils soient, syndicaux, managériaux…

Cette drôle de conception du dialogue social nous a conduit régulièrement dans l’impasse par exemple lors des négociations salariales de ces 3 dernières années, voire parfois devant les tribunaux!

Mais cette politique a eu également pour effet de faire exploser le mal être dans bon nombre de services, d’accentuer la pression pour faire partir des dizaines et des dizaines de salariés, perturbant un peu plus le fonctionnement des business…

Mais pourquoi donc laisser filer ainsi cette politique destructrice de valeurs humaines? C’est la grande énigme de ces 6 dernières années!

Le service des intérêts de l’actionnaire peut être en partie source d’explication. L’objectif de rentabilité de 20% qui ne sera jamais atteint mais toujours espéré a certainement contribué à l’émergence puis à la consolidation de cette politique. Plans d’économies, restructurations, corsetage de la masse salariale… tout est bon pour conserver des marges dans un contexte proche de la récession.      


Le social serait donc  accessoire?
Nous pensons que cette politique est néfaste et contreproductive pour l’entreprise tout autant qu’elle génère de l’insatisfaction, du mal être, des dysfonctionnements… Il est selon nous illusoire de construire un modèle social à minima et sous la contrainte…
  
D’autant qu’il n’a pas fait ses preuves car les business les plus productifs et les plus créatifs sont ceux qui ont été les moins bousculés alors que la désorganisation, l’incompréhension, la perte de sens a gagnée l’autre partie de l’entreprise.

Les silos se sont reconstitués, les coteries se sont à nouveaux reformées, le niveau de fatigue atteint des sommets et vire à l’inquiétude, l’environnement est gangréné par une lancinante désaffectation de très nombreux salariés tombés dans « l’aquabonisme..»

Cette politique de court terme obère le proche avenir. Elle constituera sans aucun doute un réel écueil pour les futurs dirigeants qui devront reconstruire un nouveau modèle plus respectueux des valeurs humaines fondamentales.


Evidemment une autre politique sociale est non seulement possible, mais souhaitable. Elle devra reposer sur quelques principes simples comme le respect des partenaires sociaux, le respect des lois sociales, un dialogue renouvelé, des organigrammes complétés… Alors nous aurons toutes les chances d’affronter avec détermination et bonheur les chantiers du présent et du futur, avec les salariés, pas à côté d’eux.

C’est l’un des chantiers majeurs de ces 3 ou 4 prochaines années. Redonner du sens, des objectifs atteignables et compréhensibles, construire des organisations stables et reconnues, casser à nouveau ces silos, recréer des passerelles inter-métiers… bref concevoir une politique sociale ambitieuse au service de l’entreprise et de ses salariés.

Le 4ème épisode de l’histoire sociale de CANAL+ pourrait être exemplaire!

Ce n’est pas nous qui en décideront !
En revanche, s’il venait à éclore, nous y prendrions notre part et notre place!


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