Et quoi de plus naturel lorsque l'on ne comprend plus son environnement, que de vouloir le faire bouger à l'image d'une toupie que l'on ferait tourner sans fin quitte à s'étourdir soi-même
Faites bouger vos
organisations, parce que le monde bouge, pour s'adapter à la numérisation globale, pour éviter que vos
collaborateurs cédéisés s’habituent au confort établi, pour mettre en mouvement
permanent le corps social de l’entreprise, pour…, on ne sait même plus parfois pourquoi
il faut encore se réorganiser, mais il faut que ça bouge même si les conséquences
de ces mouvements sont bien souvent improductifs ou anxiogènes...Déménagement, changement de périmètre, réaffectation, mobilité, changement de statut, éviction, tout est bon pour justifier la mise en abîme des organisations!
Les résultats de cette politique sont souvent affligeants parfois inquiétants. Une grogne qui partout s'amplifie, une incompréhension des objectifs business, une anxiété grandissante pour des salariés qui se demandent chaque matin s'ils vont retrouver leur bureau, leur collègue, se faire convoquer par la RH, apprendre dans le couloir qu’il déménage, découvrir par hasard le départ de leur manager, stupéfait parfois d'apprendre qu’il ont été dégradé dans leur statut, dans leur fonction à l’insu de leur plein gré…
Et comme il faut aller vite, plutôt que de prendre le temps de la réflexion collective, plutôt que d’analyser les conséquences de décisions qui s’avèrent bien souvent destructrices de valeurs, ces responsables déboussolés voire tétanisés par la transformation rapide d’un monde incertain, avancent à marche forcée, à l’aveugle sur un modèle de pensée qui vieillit à la vitesse de la lumière
CANAL ne déroge pas à la règle, pire, l'entreprise pourrait constituer un cas d’école, un sujet d'étude intéressant dans ce qu’il a parfois de caricatural. Deux objectifs primaires peuvent expliquer malgré tout ces mouvements internes : des économies budgétaires à réaliser et la mise en mouvement d’un CANAL historique qui vieillit trop vite et n’est plus tendance !
Si la nécessité d’une transformation
de l’entreprise ne fait pas débat, la méthode, elle, pose problème. Décidée en
chambre, par quelques personnes de la DRH, omnipotente
en la matière, ces réorganisations viennent à se confronter aux réalités
opérationnelles souvent plus complexes qu'envisagé à l'origine. L’humain, et c'est heureux, ne se réduit pas à une
équation scientifique. Dès lors, l’incompréhension s’ajoute à l’inquiétude
créant en certains endroits des situations relationnelles délétères,
conflictuellesIl faut pourtant avouer qu’il serait assez simple de procéder autrement. Tout d’abord en s’appuyant sur les relais que constituent à tous les échelons de l’entreprise le management intermédiaire. Autre acteur sensibilisé aux difficultés du terrain, disposant d'une bonne connaissance des business, la représentation du personnel. Mais là, c’est l’autisme qui l’emporte… Occupez-vous de l’arbre de Noël, et laissez-nous décidez du reste, nous savons !
Certaines initiatives sont pourtant encourageantes. Par exemple, des formations destinées aux manageurs pour sensibiliser, expliquer l’environnement social interne. Des idées que nous portons depuis des années considérant qu’on manage d’autant mieux lorsque l’on est sensibilisé aux actions des différents acteurs sociaux en interne comme en externe. De ce point, la tâche est immense.
Qui est donc cet inconnu, le représentant du personnel ?
Nous aurions aimé apporter notre pierre et notre expérience dans ces formations comme acteur engagé au sein
de l’entreprise, mais là encore c’était trop demander. Faire intervenir un
syndicaliste devant une assemblée de managers dans une réunion organisée par la
RH apparait en 2013 à CANAL+ encore incongru… ! Le chemin sera encore long
pour que l’intelligence l’emporte sur la contrainte ou la sottise...Ce n’est pas vrai partout, et les projets déployés dans notre CRC Rennais constituent en cela une belle avancée. Une ouverture sur l’environnement externe, une écoute affinée des salariés et de leurs projets, au final des axes de développement individuels et collectifs au service de tous et de chacun, dans l’esprit qui nous anime, servir les intérêts des salariés sans desservir l’entreprise. Il faut saluer cette expérience. C’était notre proposition en matière de gestion des carrières, nous ne nous sommes pas tromper dans notre analyse comme dans les outils à déployer. Malheureusement, cela reste une expérience…
Réorg réorg… oui c’est indispensable. Mais la réussite de ces mouvements impose tout d’abord le respect des acteurs de terrain, seuls à même de comprendre les tensions sociales à l’œuvre et de leurs extensions en cas de changement. Echanges approfondis, timings élargis, respect des acteurs sociaux et des IRP, dialogue encore et toujours pour que CANAL en se réorganisant ne perde pas son âme et conserve des troupes volontaires et motivées s'il n'est déjà trop tard ! Une utopie? Non, une nécessité urgente!
La réussite de nos projets
futurs ne passe plus par le secret des décisions de quelques-uns pour tous. Nos
modèles de business sont anglo-saxons ? Mais où sont nos modèles sociaux ?
Nous appelons depuis longtemps au renouveau social. Il n’est plus indispensable,
il est urgent de la mettre en œuvre2014 sera peut être l'année de ce renouveau ! Le futur pôle médias issu de la segmentation des activités de Vivendi ne saurait prospérer sur un terreau social archaïque. C'est peut être là que se trouve la clé du changement... où alors...
