A l'heure de la réorganisation globale du Groupe Vivendi et
de sa scission qui sera actée dans quelques jours à l'assemblée générale des
actionnaires du 24 juin, il nous semble intéressant de poser la question sociale
comme élément déterminant pour le futur du groupe!
Depuis des années le cours atone de l’action Vivendi aurait
décidé du sort du Groupe Vivendi et de sa scission finalement actée par la vente de
SFR à Numéricable. Ce serait donc pour
satisfaire les actionnaires que l’on aurait décidé du sort d’une des plus
grandes entreprises Française, un fleuron reconnu sur le plan mondial pour
certaines de ses activités comme UMG ou Activision Blizzard et dans l’hexagone avec SFR et CANAL+. Pour
l’instant le résultat de cette opération n’est pas probant, le cours de
l’action Vivendi reste à des niveaux décevants. Il est vrai que l’opération est
en cours et qu’elle devrait se finaliser en fin d’année, une fois franchi les
obstacles juridiques, en particulier les injonctions de l’autorité de la
concurrence.
Cette opération de restructuration des actifs de Vivendi fait
également suite à l’arrivée d’un 4eme opérateur Free Mobile, qui a déstabilisé
tout le secteur des Telecom et cassé une dynamique industrielle qui faisait de
la France une référence en matière de développement et d’investissement dans ce
secteur. Une arrivée qui ne fut pas anticipée et qui a plongé SFR dans un
marasme inquiétant, finalement inacceptable pour certains responsables du
groupe Vivendi. L’occasion était trop belle pour ne pas la saisir ! Certains ont claqué la porte, d'autres se sont engouffrés!
L’opération en cours vise également à rétablir des "marges financières" que nos dirigeants trouvent aujourd’hui trop faibles. 15,
20, 30% ou plus de rentabilité, ce sont des objectifs atteignables selon eux… mais
à quel prix ? Dans le contexte actuel de stagnation ou de contraction du
chiffre d’affaire, le maintien à minima du
résultat financier impose de réduire la voilure et d’opérer des coupes sombres
dans les budgets déjà sous pression depuis des années. Ainsi s’explique par exemple à CANAL+ la délocalisation de la relation clients en "Offshore" au Maroc
pour nos prestataires installés il y a encore 2 ans en France. Ainsi s’explique
aussi la pression sur l’emploi de plus en plus forte et que chacun peut
constater ou subir dans son organisation de travail. Les conséquences sont
connues, augmentation de la productivité, désorganisation, risques psycho
sociaux accrus!
On veut du cash ! L’opération réalisée par la vente de
SFR à Numéricalbe permettra au nouveau groupe Vivendi organisé en "Pôle
Médias" de retrouver des couleurs financières et des marges de manœuvre importantes!
Tout de même, 5 milliards d’Euros pour les actionnaires ! La vente de
SFR devrait rapporter au final 13,5 M€ à Vivendi. Cette manne permettra de
désendetter totalement le groupe et de distribuer un dividende exceptionnel de
près de 3,5M€ d’euros aux actionnaires… Une somme colossale qui malheureusement
ne sera pas utilisée pour favoriser le redéploiement industriel du nouveau Vivendi
mais seulement servir les intérêts des actionnaires notamment les minoritaires
qui représentent plus de 60% du capital de l’entreprise! Des actionnaires pour la plupart Américains, ceux-là même qui soutiennent aussi certainement le développement d'activités concurrentes sur nos territoires...
Mais sait-on ce que veulent les actionnaires? Sans majorité significative tout le monde interprète en fonction de ses propres intérêts : tant qu’il n’y a pas de clash à l’assemblée générale annuelle... ou l’art subtil de la gouvernance! Il faut espérer de ce point de vue que nos Dirigeants gardent les pieds sur terre pour conduire l’avenir du Groupe non pas en fonction des coups de vent économiques mais avec des idées directrices fortes…
De toute évidence, ce n’est pas quand chaque acteur économique cherche à maximiser ses gains personnels que l’on obtient le profit global maximum, les tenants de l’ultralibéralisme n'ont qu'à bien se tenir… Non que cette approche n’ait pas fait ses preuves puisque les pays anglo-saxons qui l’appliquent sont plutôt performants mais parce que rien ne permet d’affirmer que l’on ne peut pas faire mieux avec une d’autres priorités!
Quelle stratégie pour le futur Vivendi ? Vouloir du
cash pour se désendetter ou servir l’actionnaire reste une stratégie financière
de court terme qui se justifie quand la
dette vient ponctionner les résultats et effrayer les boursicoteurs. Ce n’est en
aucun cas un projet industriel! Cette stratégie devrait être
clarifiée et exposée lors de la prochaine assemblée générale, fin juin. Les actionnaires
devront l'approuver comme ils devront approuver les nominations des nouveaux dirigeants
qui seront en charge de la mettre en œuvre.
Cherche-t-on à réaliser des plus-values importantes à court terme ou
au contraire veut-on construire une entreprise solide, Européenne, capable d’affronter
les mastodontes Américains et de participer à la préservation d’un modèle
culturel indépendant et puissant sur nos territoires ? Nous verrons et
nous jugerons !
C’est pourquoi, dans ce contexte révolutionnaire, plutôt que
de se concentrer exclusivement sur le rendement financier pour l’actionnaire ou
la rentabilité de court terme, nous pourrions orienter notre stratégie autour d’une
idée directrice forte : le développement et le maintien de l’emploi en France !
Organiser le futur du groupe autour de ses pôles en métropole ne serait
pas une idée ringarde mais une idée plutôt noble car de bon sens! C’est d’ailleurs
ce bon sens que développent inexorablement nos amis Allemands depuis
quelques années. Leur économie se porte beaucoup mieux, le taux de chômage est
bien moindre et "…leur marché du travail jouera un rôle significatif pour
tirer l'économie intérieure allemande, en particulier à travers la consommation
privée…", pronostique même Natixis.
Sur le plan social, les premières conséquences des bouleversements opérés dans le secteur des telecom se traduisent malheureusement par des milliers de suppressions d'emplois. L'ARCEP, l'autorité de régulation des communications électroniques et des postes, a publié mercredi 28 mai les résultats de son observatoire sur l'emploi. L'ARCEP indique qu'en 2013, le secteur a supprimé 4000 emplois! Une saignée qui pourrait se poursuivre en 2014 alors que Bouygues Télécom annonce déja un nouveau plan de licenciements.
Dans ces conditions, au lieu du simple résultat net annuel comme orientation stratégique, et pour éviter une catastrophe sociale, la pérennité des activités et de l'emploi devraient être intégrés comme
critères majeurs du pilotage du nouveau Groupe. Une démarche populaire….mais surtout efficace car un salarié qui
sait que son devenir dans l’entreprise
est une préoccupation du management cesse d’être un mercenaire pour devenir un acteur…
Le projet,
quel projet ? Financier ou
industriel, nous devrions bientôt être fixés. Ou bien le modèle s’oriente vers
la maximisation de profits de court terme et tout serait à craindre pour
l’avenir de nos activités comme pour l’emploi! Ou bien au contraire, c’est une
orientation résolument industrielle afin de construire et développer un
business solide en France, en Europe et au-delà. Nous devrions alors en
percevoir les retombées sociales assez rapidement. Car dans le premier cas, je
licencie pour diminuer la masse salariale, j’arrête les dépenses
d’investissement avec pour première conséquence d’hypothéquer l’avenir. Dans le
second, je parie sur l'avenir et je développe mes activités en embauchant!
Dans ce contexte, maintenir l’emploi en France pourrait être
une saine orientation pour le nouveau Groupe. Défendre ses intérêts est la
première des sagesses et l’universalité s’arrêtent aux portes de pôle Emploi !
Que veut-on vraiment ? Etre "pauvre" comme tout le monde…? Sombrer de façon égalitaire ? Aller travailler en Chine ?
En développant ces
nouvelles priorités sociales en France au-delà de la maximisation du profit de
court terme et du résultat net comme seules boussoles managériales, Vivendi y gagnerait en responsabilité sociale. L’entreprise ouvrirait alors de nouveaux horizons industriels, elle serait en capacité
de mobiliser une armée de salariés motivés capables de remporter les futures et rudes
batailles que nous allons devoir affronter dans le proche avenir !
L’emploi comme orientation stratégique et facteur de réussite? Et s'il n'y avait pas d'autre alternative?