Lorsque cette question est aujourd’hui posée à des patrons
de grandes entreprises, ils répondent tous généralement… "évidemment…" Mais il y a souvent un abîme entre la parole et sa traduction dans les faits!
CANAL+ va bientôt être confronté à cette réalité alors que l’Assemblée Générale de Vivendi du 24 juin devrait confirmer la scission des activités Télécom, le départ de SFR du Groupe et l’arrivée de CANAL+ comme nouvelle locomotive d’un
pôle Médias recomposé.
Après cette date, le nouveau Groupe Vivendi va donc se
restructurer pour que s’écrive une nouvelle page de son histoire, mais quelle
histoire et comment…
A CANAL+, sur le plan social, l’attente est grande d’une
évolution profonde des méthodes et des pratiques. Depuis des années, nous vivons
dans un modèle passéiste, où la parole de droit divin fait office de vade-mecum
au quotidien. Alors que le monde change à la vitesse de la lumière, que les
réseaux sociaux bouleversent les modèles de communication, que la hiérarchie des
entreprises est bousculée par des circuits de communication ultra courts,
nous nous sommes enfermés dans un carcan social absurde et contre-productif.
Aujourd’hui, dans la majorité des grandes entreprises
modernes, le dialogue permanent, la capacité à discuter la parole de celui qui détient
le pouvoir est un acquis, une réalité perceptible et acceptée, une orientation intégrée
dans les business plan. Ces entreprises qui pratiquent ce modèle progressent d’ailleurs
généralement beaucoup mieux que les autres, l’excellence venant bien sûr de nos
amis Allemands qui ont porté à leur paroxysme le dialogue responsable et des décisions stratégiques et opérationnelles partagées avec les représentants du personnel au sein des Conseils d’Administration… On ne peut pas dire que l’économie Allemande en
souffre beaucoup…
Chez nous,
au contraire, c’est la suppression de toute résistance qui est à l’ordre du
jour. Comme s'il n’y avait pas d’autre solution que de contraindre l'ordre social. Le
résultat est indiscutable, c’est le silence qui règne car toute velléité se
transforme généralement en sanction. La dureté des temps économiques ne saurait justifier un modèle social basé
sur la contrainte, ça ne marche plus aujourd’hui, ça marchera encore moins demain.
Ce constat d’un
dialogue inadapté en interne n’est pas nouveau ni celui d’un seul syndicat, il n’est pas
non plus l’apanage de quelques salariés exaspérés. C’est un constat partagé par des
centaines de salariés qui sont dans l’attente d’un projet expliqué et discuté,
d’un modèle social renouvelé, adapté à notre temps, respectueux et ouvert !
C’est dans
ce contexte que l’indispensable qualité de la vie sociale conditionnera la
réussite du nouveau projet de Vivendi pour CANAL+. Citons tout d’abord le respect de la liberté
de parole syndicale, mais aussi le développement d’un dialogue permanent, une
nouvelle ambition sociale, en résumé un
nouveau contrat social.
Il est nécessaire de reconstruire
des instances de délibération libres et contradictoires, de partir de l’expérience concrète et non d’une "expertise savante", de rétablir un langage commun… bref, de manager dans la modernité d’une "entreprise 2.0" en rétablissant un modèle coopératif, en reconnaissant le
travail collectif, en respectant ces "corps intermédiaires" sociaux
ou managériaux tout aussi soucieux de participer à la transformation et à la réussite de nos activités
en France comme à l’étranger.
La
démocratie sociale, c’est transformer du conflit en discussion ! Sur ce plan, notre entreprise
devrait être en France à l’avant-garde dans le renouvellement de son modèle
social. Plutôt que d’envier les modèles Anglo-Saxons, de se référer aux Google,
Apple et autre Microsoft, pour finalement s'en éloigner systématiquement, CANAL+ peut et
doit produire son propre modèle, prouver que l’on peut se moderniser, évoluer,
se transformer en évitant les soubresauts d'un corps social malmené, le mal être individuel, l'incompréhension collective.
Faut-il
changer et pourquoi ? Parce que les réussites futures seront conditionnées par notre capacité à construire un environnement social modernisé, adapté aux mutations à venir. La question n'est pas de se demander s'il faut y aller, mais quand y allons-nous?
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