Ces JRI… ces malchanceux !
Z’avez qu’à bien vous tenir… Horaires démesurés, admonestations, moyens en berne... avec le changement de
direction de la Rédaction du Groupe CANAL+, il y a quelques mois, nous pouvions
espérer une accalmie sur le front social de notre chaîne d’infos,
au minimum pour apaiser quelques souffrances, ou bien permettre l'émergence de quelques espoirs
après des mois de contraintes insupportables sur le rythme et les conditions de
travail… et bien finalement non !
L’accalmie est venue… elle aura duré quelques semaines… A chaque nouvelle direction, de nouvelles ambitions, de nouvelles méthodes
mais toujours l'impression pour les nouveaux dirigeants d'arriver dans
une rédaction qui ne travaillait pas… « On va leur apprendre et les mettre
à bosser ! »
Et puis l’arrivée d’un nouvel adjoint à la direction en charge des reportages,
et voilà la rédaction appelée à vivre une nouvelle rupture managériale dans
l’organisation des tâches et des missions. Décidemment, ce poste de responsable
de la rédaction serait-il à ce point intenable qu’il faille engager des
managers qui, par manque d’expérience ou par volonté, appliquent des méthodes systématiquement musclées ?
Quand cela va-t-il cesser ? Accidents, burn-out, découragement, l'environnement de la rédaction et des JRI
en particulier s’est à nouveau dégradée. Des JRI épuisés, des conditions de travail très difficiles, une
organisation à flux si tendue que certains de nos meilleurs journalistes
s’endorment au volant après des journées, des semaines de travail
interminables, risquent leur vie pour répondre aux injonctions d’une direction
de la rédaction parisienne obnubilée par l’audience, une audience l’œil rivé
sur notre première concurrente BFM TV !
Productivité, disponibilité, rythmes insoutenables, pourquoi en sommes-nous
à nouveau là ? La course à l’audience n’explique pas tout, elle est un élément d’un puzzle
plus complexe.
D’abord avec un budget contraint ou 1 point d’audience pourrait
être valorisé à 20M€ ! Comment rivaliser avec BFM qui dispose d’un budget supérieur de 30 à
40%? C’est toute l’équation de notre chaîne d’infos qui se débat pour
donner le meilleur mais en low-cost !
Résultat, sur le terrain, là où BFM envoi 2 ou 3 personnes pour que jamais
un JRI ne se retrouve seul en reportage, c’est généralement
systématiquement toujours l’inverse pour les JRI de i>TELE. Ceux-là
conduisent leur voiture quand il y en a une de disponible… jonglent avec les
câbles, réalisent leur reportage, montent leurs images, les diffusent, et
filent sur un autre lieu de l’actualité chaude où la Rédaction Parisienne les
pousse… "vous n'y êtes pas encore...?"
Dans ce trend de folie, le JRI finit souvent par craquer ! Engueulades, refus d’obtempérer, brimades… tout est bon pour signifier à
cette basse classe sa condition d’exécutante. Beaucoup décrochent, tombent
malade ou finissent par faire appel à leur avocat, épuisés et incapables de
revendiquer une médiation interne, ne rêvant qu’à une chose :
partir !
Est-ce ainsi que les rédactions doivent (sur)vivre ?!
Cette situation devient à nouveau intenable. C’est toute une profession qui
est ainsi meurtrie, touchée par un modèle de management inadapté et contraignant.
Faut-il encore rappeler sur ce blog que si tous les journalistes sont régis
par la loi de réduction de temps de travail, ils sont également cadres
autonomes. Ils disposent donc théoriquement d’une très grande liberté dans la gestion
de leurs horaires. Or les journalistes sont planifiés. Mais comme le prévoit la
législation, le travail hebdomadaire ne doit pas excéder 48H, et les
heures effectuées au-delà de ce quota sont donc des heures supplémentaires à
récupérer ou à monétiser!
Quand récupère-t-on ? Jamais ou si peu !L’actualité ne s’arrête jamais n’est-ce-pas ? Pourquoi voulez-vous que
des journalistes cessent de travailler, disposent d’une vie personnelle, d’une
vie de famille, puissent aller chez le médecin lorsque cela devient nécessaire…
« Mais posez donc un jour de congé ! »
C’est dans ce contexte que la Direction de la chaine est venue présenter un
projet d’organisation du travail… sans horaire de fin... !
Une Rédaction qui n’en peut plus !
Même les pigistes s'enfuient… Des pigistes de plus en plus difficiles à recruter... il est vrai que
le montant de la pige proposé en décourage plus d’un, même quand on galère pour
travailler... faut pas exagérer !
Ajoutons à la charge quotidienne, la production pour la nouvelle chaîne D8 et le bateau pourrait
tanguer un peu plus !
Chantage économique ? Il faut que la chaîne coûte le moins possible nous répond-on ! Mais, c’est
quoi le bon budget d’une chaîne d’infos ?
L’embellie d’il y a quelques mois est la mesure de la déception
d’aujourd’hui. Aujourd’hui la Rédaction gronde, la colère monte, prête à se
manifester. Il est donc urgent de revenir à la raison. De se mettre autour de
la table et d’aborder résolument l’ensemble des problématiques sociales. De
stopper cette course folle à la réduction des coûts, d’embaucher là où les
besoins se font les plus criants.
La raison doit l’emporter. La durée des
journées de travail à Paris comme en province doit respecter le cadre légal,
permettre aux salariés de retrouver une vie normale, des WE de liberté, des vacances
ininterrompues… Les CDI doivent assumer les responsabilités qui leurs
reviennent, les stagiaires sont les bienvenus, mais à des postes adaptés aux
missions qu’ils peuvent prendre en charge, les pigistes doivent être mieux
rémunérés…
Faut-il rappeler que la durée de travail effective, y compris les
éventuelles heures supplémentaires accomplies, ne peut exéder les limites
de 10 heures par jour, de 48 heures par semaine, ou de 44 heures par semaine en
moyenne sur une période de 12 semaines consécutives ?
Des pauses d'une durée minimale de 20 minutes doivent être accordées aux
salariés au moins toutes les 6 heures. Les heures effectuées au-delà de la
durée légale sont considérées comme des heures supplémentaires. Tout salarié
doit bénéficier d'un repos quotidien d'au moins 11 heures consécutives, sauf dérogation,
auquel s'ajoute un repos hebdomadaire de 24 heures consécutives au minimum !
Toute autre disposition doit faire l’objet d’une négociation collective et
être encadré par des accords sociaux. Ici, non seulement le code du travail est galvaudé, non seulement on
met en danger l’état physique et psychologique de certains collaborateurs,
mais on engage la chaîne dans une impasse. Il ne saurait y avoir d’avenir
serein dans ces conditions.
Une bonne chaîne d'infos, c'est d'abord un bon budget! Peut-on gagner la bataille de l'info sans moyen? Les discours
lénifiants sur les challenges remportés par des équipes sans moyens atteignent
ici leur paroxysme.
Une chaîne d’infos, oui, c’est couteux ! Des moyens supplémentaires devront être alloués... Mais le plus urgent, c'est de ré-ouvrir un dialogue global avec les partenaires sociaux…
Développer un modèle de management respectueux. Respecter des amplitudes
de travail acceptables et raisonnables!
Sur le moyen et long terme, i>TELE doit inscrire son schéma
d’orientation et sa stratégie sur un dialogue social constructif et partagé.
Poursuivre dans cette voie contraignante, c’est irrémédiablement courir à
l’échec, pire prendre le risque de l’accident ou du décrochage de quelques un
des Journalistes épuisés !
Un autre chemin est possible, nécessaire, indispensable! Manque la volonté?!
2 commentaires:
c'est une bonne analyse de la situation que nous vivons et de nos conditions de travail.
Je ne pense pas que la bataille de l'audience perdue contre BFM soit due au budget d'Itélé. Mais plutôt à sa ligne éditorial décevante.
Moi-même par corporatisme, au début de la concurrence entre Itélé et BFM, je choisissais la chaine maison. Mais très vite je zappais sur BFM. Maintenant je commence directement par BFM.
Quand on zappe sur Itélé, soit c'est la pub, soit un débat-plateau interminable, soit un long tunnel sport. Insupportable !
Voila pourquoi principalement, Itélé s'est fait doubler en terme d'audience.
Pour se démarquer, en plus, elle devrait cesser de monopoliser l'antenne sur un seul sujet toute la journée, quelle qu'en soit l'importance. On veut savoir régulièrement ce qu'il se passe dans le reste du monde. Et passer la 1ère , en diffusion HD. (en même temps, la moitié des images diffusées sont indignes car filmée par des téléphones…).
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