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16 janvier 2011

Augmentation de salaires 2011, l’entourloupe…

Avant d'évoquer la politique salariale de ce début d'année, petit retour sur la fameuse règle des 3 Tiers !

Souvenez vous, c’était le 5 février 2009
, suivi par près de 15 millions de téléspectateurs, Nicolas Sarkozy s’exprimait à la télévision pour nous dire que les profits des entreprises doivent être partagés en trois parties égales, 1/3 pour les actionnaires, 1/3 pour les investissements, 1/3 pour les salariés.

Extraits
« (...) Comment on arbitre entre le souhait légitime des actionnaires de gagner de l'argent avec les entreprises, et la demande des salariés d'être associés aux bénéfices des entreprises dont ils ont contribué à créer la richesse ?"
"J'engage les organisations syndicales et le patronat à discuter. Soit ils arrivent à quelque chose, soit l'Etat prendra ses responsabilités (...) par la loi".

"On peut même avoir une idée à titre personnel... cela fait bien longtemps que je pense que la règle des trois tiers est une bonne règle (...) Sur 100 de bénéfice, il devrait y en avoir 33 qui reviennent aux salariés, 33 qui vont directement dans la poche de l'actionnaire et 33 qui servent à être réinvestis dans l'entreprise parce qu'une entreprise, cela doit investir pour continuer à être compétitif..."

Une étude récente étude de l’Insee rapporte que la part de l’investissement dans l’excédent d’exploitation des entreprises s’élève à 52%, celle des dividendes à 42% et celle des salariés… à 5,5% !


A CANAL+ il reste un p’tit bout de chemin… pour y arriver…
Les résultats ne sont pas encore connus mais ils vont être excellents. Peut être plus de 700 millions d’Euros, une paille… Ce fut à une certaine époque le chiffre d’affaire de l’entreprise… En bien sur ces 700 millions de bénéfices nets, combien vont être redistribués aux salariés ? 1 seul million, soit 0,14% du résultat net !

Cerise sur la gâteau, ces 0,14% ne concerne pas que des augmentations salariales...
Car dans ce package la DRH a décidé d’y inclure, pour la première fois… le financement des mobilités…
Intelligent, non ?!

Vous ne pigez pas ? Explications !
Chaque année, les syndicats négocient les augmentations annuelles. C’est obligatoire, c’est la loi. Cette année à CANAL+, ce fut un peu particulier puisque en l’absence de la DRH aux réunions, il n’y a pas eu de négociations… en tout cas pas avec l’ensemble des syndicats représentatifs, seulement quelques discussions et beaucoup de frustrations...

A l’arrivée, c’est le chiffre de 2,8% qui sort du chapeau !
Pas mal nous direz-vous ? Oui, c’est vrai ce n’est pas négligeable, mais il faut y regarder de près. 2,8%, cela veut dire que la masse salariale devrait augmenter en 2011 de ce montant. Ces sommes devraient êtres affectées exclusivement aux augmentations de salaires conventionnelles, et individuelles...

Premier constat, ce n’est pas 2,8 mais 2,6% !
C’est le premier message passé aux patrons de service, réservez 0,2% pour… ? Dans certains cas "pour la parité", mais cet élement ne figure pas dans le texte de la direction.

Dans d’autres cas "c’est pour réajuster au dernier moment en se gardant une marge de manœuvre…" mais comment savoir si ces 0,2% sont bien distribués… et sur quelles bases ?!

Plus subtil, cette année, la DRH impose aux patrons de service de déduire de leurs enveloppes les augmentations… liées aux mobilités!

Pour mieux comprendre, un exemple...
Un salarié intègre en décembre un service dans le cadre d’une mobilité. Le plus souvent, il va bénéficier d’une augmentation de sa rémunération, c’est juste l’application de la convention collective sur laquelle nous veillons.
Cette augmentation devrait être financée par le budget du service, elle n’a rien à voir avec les augmentations annuelles.
Ce ne sera pas le cas cette année. Ces sommes viendront en déduction de la masse salariale réservée aux augmentations annuelles ! Résultat, certains services, qui ont d’ailleurs joué le jeu de la mobilité… vont se retrouver pénalisés ! C’est un détournement de l’accord NAO signé par un seul syndicat, UNSA +Libre..

Et la règle des 3 tiers ?
Cette année, CANAL+ fait remonter 699 millions d’Euros à son actionnaire Vivendi. Les salariés devront se contenter de moins d’un millions d’Euro...

Ces 700 millions de bénéfices nets ne sont pas sortis de la cuisse de Jupiter !
C’est le fruit du travail des 3400 salariés du Groupe. Travail qui se réalise dans des conditions parfois… souvent… difficiles en ce moment par le manque d’investissement, le non remplacement de salariés partis, une charge de travail lourde, une organisation constamment mouvante, des évictions de compétences… En ce domaine, 2011 commence tambours battants... suivez l'actualité des départs à l'Edition ou la Distribution, ça s'accélère!

Et pourtant les résultats sont là !
Bravo aux 3400 salariés du Groupe CANAL+, félicitations.
La valeur ajoutée c’est vous qui la produisez, c’est grâce à vous que cette entreprise tourne. Cessons donc de verser dans l’angélisme, si CANAL+ n’est pas la mine, ce n’est pas non, ce n’est plus l’eldorado social, et le management par l'éviction ou la contrainte nous emmène vers des lendemains difficiles.

Pouvoir d’achat et inflation
Ne pas augmenter les salaires
, car, avec ces artifices, les augmentations vont êtres extrêmement limitées voir inexistantes pour de très nombreux salariés cette année, c’est anti économique !

De récentes études économiques anglosaxonnes mais aussi françaises démontrent que depuis 30 ans, la part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises n’a cessé de diminuer.

Résultat, moins de consommation, plus de chômage et un cercle vicieux qui n’a cessé de se dégrader. Certaines politiques visent à corriger ces effets néfastes de la baisse des rémunérations. Mais elles sont encore bien timides.

Un peu d’efforts pour la reconnaissance de l’investissement de chacun dans la production de la richesse de l’entreprise, et tout irait déjà … un peu… mieux !

Le salarié n’est pas l’ennemi de l’actionnaire, il est d'ailleurs lui même très souvent actionnaire de son entreprise, c'est le cas à CANAL+, notamment au travers des fonds de placement des plans d'épargnes. Mais il doit être rétribué pour ce qu'il mérite. Ce ne sera pas le cas en règle générale à CANAL+ cette année !

Un peu de pédagogie pour les non initiés...
Qu’est ce que la valeur ajoutée?
C’est la différence entre le prix de vente de son produit et la valeur totale des biens et services qu'elle a achetés et qui sont contenus dans ce produit (après transformation) représente la valeur ajoutée. En Economie, La valeur ajoutée (VA) est une notion qui s'efforce de mesurer la contribution apportée, la création de richesse faite par une entreprise
L'expression "valeur ajoutée française" désigne le PIB français, qui est pour l'essentiel la somme des valeurs ajoutées des entreprises implantées en France.

Schématiquement, la valeur ajoutée produite dans l'entreprise est partagée entre trois acteurs principaux :
• les salariés qui ont fourni le travail nécessaire à la production,
• les actionnaires qui ont fourni le capital nécessaire à la production,
• l'Etat qui prélève pour financer les dépenses publiques des impôts sur la production.
On peut en parler aussi en termes de revenus : dans ce cas, on dira que la valeur ajoutée se partage entre les salaires, les bénéfices (mesurés en général par l'E.B.E.) et les impôts. Finalement, ça revient au même !

Et le bénéfice net ?
Le résultat net (ou bénéfice net au sens fiscal) d'une entreprise sur une période donnée (par exemple : une année, un exercice) est égal à la différence entre, d'une part, les produits et, d'autre part, les charges (d'exploitation, financières et exceptionnelles) engagées sur la même période, ainsi que l'impôt sur les sociétés (net profit/loss, net earnings, net income).
Il se calcule en déduisant du résultat courant avant impôts (différence entre le résultat d'exploitation et le résultat financier) toutes les charges non encore prises en compte dans la détermination des soldes intermédiaires.
Il est calculé une fois par an, à la clôture de l'exercice social. Certaines sociétés annoncent des résultats nets intérimaires ou provisoires mais fiscalement seul le résultat fiscal (résultat net avant impôt – déductions + réintégrations) sur lequel s'appuiera l'impôt sur les bénéfices intéresse l'administration fiscale.

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