Soit belle et tais toi!
En voulant se
restructurer, Vivendi assouvit d’abord les ambitions des marchés financiers
qui désespèrent d’une valeur de l'action qui ne décolle pas…
Première victime
de ces projets, SFR qui, avant d’être cédé, s’habille en Prada pour attirer le chaland !
Comme toujours, c’est par un plan social que commence les ronds
de jambes aux investisseurs potentiels. Comme s'il fallait d’abord offrir en pâture
aux oiseaux de mauvais augure des milliers d’emplois pour prouver que l’entreprise
allégée sera plus élégante et donc plus rentable !
Mais d’où nous viennent ces archaïsmes? D’une hérésie issue d’un modèle économique vieux de plus de 150 ans,
lorsque dans l’industrie des centaines de milliers d’emplois pesaient lourd au compte
de résultat, lorsque la menace sociale d’un peuple d’ouvriers révoltés devait
être maté par la contrainte ou le retrait du contrat de travail.
Un capitalisme de la rentabilité plutot qu'un capitalisme de l'efficacité à l'oeuvre aussi chez Vivendi! Ces schémas sont certainement toujours inconsciement à l’œuvre, parce que
les dirigeants de nos grandes entreprises sont issus de cette génération
formée dans les écoles du milieu du 20 ème siècle et dans lesquelles la valorisation du capital humain
fut annihilé au seul profit du capital financier,
guide suprême et salvateur de nos sociétés capitalistes "modernes". Un capitalisme de
court terme, aujourd’hui de très court terme où la rentabilité en deçà des 20% annuel
rend nos entreprises inintéressantes pour le fond de pension Américain.
Les résultats, on les connait ! La plus grave crise économique mondiale depuis les années
30. Et pourtant, malgré les catastrophes actuelles, on continue allègrement sur
ce chemin comme nous irions livrer notre âme au diable de la finance, ce diable qui
a toujours pouvoir de vie ou de mort sur des milliers et des milliers d’emplois
et de l’avenir d’autant de familles.
Depuis peu, c’est aussi comme ça chez Vivendi ! Car comment expliquer que l’on licencie 1000 salariés ou plus
alors que la masse salariale pèse si peu au compte de résultat de SFR? Nos amis syndicalistes
de cette entreprise et les salariés qui les accompagnent sont révoltés par cette situation. Si l'arriviée de Free
constitue l’alibi idéal, personne n’est dupe de cet artifice. Malgré les
difficultés actuelles, l’entreprise SFR reste très rentable. Mais visiblement
elle ne s’inscrit plus dans le nouveau schéma de développement du groupe
Vivendi, dans l’épure de rentabilité de court terme.
Pensez donc, comment comprendre un groupe qui vend du jeu en
ligne, de la musique, de la TV ? Une des plus belles entreprises Françaises risque donc d’être
démantelée pour le seul intérêt des marchés financiers qui n’en peuvent plus d’attendre.
Mais attendre quoi au fait ? Peut-être aussi pour assouvir quelques
ambitions personnelles de dirigeants aux ambitions démesurées, qu'ils viennent seulement de franchir le seuil ou qu'ils soient installés depuis plus longtemps aux commandes de quelques business.
En agissant ainsi, sert-on les intérêts de notre communauté? Sert-on l’emploi? Sert-on le développement de nos
technologies françaises? Non !
C’est un véritable gâchis qui se prépare en catimini! Un gâchis qui pourrait faire de Vivendi un prochain Alcatel,
une entreprise dépecée, fragilisée, incapable d’investir en France ou à l’étranger
les sommes considérables que nécessitent le déploiement des nouvelles
technologies. Sans parler de ses filiales qui ne pourront s’appuyer sur un
actionnaire fort, internationalement reconnu pour financer leurs projets de développement.
CANAL+ concerné au premier chef ! Comment a-t-on financé le développement de CANAL au Vietnam ?
Qui a financé et garanti les achats de droits du foot ? Qui permet à
CANAL+ de se développer en Pologne ? Qui a permis à Bolloré de vendre ses
2 chaînes à CANAL+ en échangeant, cher… leur valeur pour une part du capital du
Groupe Vivendi ? Ces quelques exemples
pour comprendre que Vivendi nous a permis non seulement de survivre en finançant
en 2003 le déficit abyssal du Groupe par
un chèque de 3 Milliards d’Euros … mais aussi en servant de banque pour
financer les grands projets de développement du Groupe.
Bien sûr, dans tout cela, l’humain compte pour peanuts! Rien dans les maigres échanges que nous avons avec les
nouveaux dirigeants du Groupe Vivendi ne laisse penser à un quelconque souci du
social. L’argent fera le nécessaire si besoin. Un plan social chez SFR de 40 ou
50 M€, quelle importance ! C’est au final la collectivité qui prendra le relai,
pôle emploi submergé de chômeurs, attend avec résignation ces nouveaux exclus
du travail.
Du PNB au PNDB... Le Produit National Brut se transforme ainsi en Produit
National Des Brutes, un capitalisme débridé qui semble dépassé par les évènements, ne
sachant plus vers quel saint se tourner. Reste la madone des marchés qui pourtant
a perdu tant de son éclat depuis 2008.
Rendre la mariée plus belle… !
Une expression banale de syndicalistes aux aguets, inquiets
de voir se démanteler un fleuron qu’ils ont contribué à construire.
N’y a-t-il donc
aucune autre alternative possible ? Evidemment que oui ! Certains pays
restructurent leur économie en pariant sur l’humain. Cela arrive parfois en France,
mais rarement. Et quand cela se produit, les résultats sont au RDV ! La
méthode ? Une simple écoute des personnels associés aux décisions stratégiques.
Ce modèle a assez bien réussi en Allemagne. Il fait des merveilles dans certains
pays du nord de l’Europe. Mais chez nous, il faudra encore des années ou peut être
un tsunami économique pour qu’enfin les yeux de nos dirigeants d’entreprises se
décillent, s’ouvrent à la modernité d’un temps qui n’est plus depuis longtemps
celui du décideur visionnaire. Cette révolution-là viendra obligatoirement.
Nos entreprises de communication pourraient servir de
modèles, mais non! Elles sont gérées à la bonne franquette sur un modèle industriel usité au 19 ème
siècle, entre gens de bonne compagnie, à l’abri des regards d’importuns qui n’y
connaissent rien au management ou à l’économie...
Funeste erreur! Ce capitalisme là mourra de cette cécité. Entre temps, il aura provoqué
malheureusement énormément de drames et de dégâts sociaux.
A CANAL, nous avions
toujours en modèle cette entreprise SFR, attachée au dialogue social et au
respect des instances représentatives du personnel… Mais c’était un autre
temps, celui de Franck Esser, formé dans une grande université de Cologne,
patron d’un grand groupe Allemand avant de devenir PDG de SFR, issu de cette
culture germanique où le dialogue social dans l’entreprise constitue un gage de
réussite. Nous sommes passés à autre chose !
Il reste 5 mois aux dirigeants de Vivendi pour décider de l’avenir
de 50 000 salariés et de leurs familles ! Espérons qu’ils soient bien
inspirés pour que le modèle économique qui surgira de ces cogitations contribue
au développement de l’emploi, à la préservation de nos acquis industriels, au
renforcement de nos activités d’abord en France mais aussi à l’étranger...
Vivement 2013...
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