En février, à CANAL, les feuilles tombent... pas celles de l’automne déjà loin, mais les lettres d’augmentations salariales ou plutôt
ce qui devrait faire office... Car cette année semble être encore plus pingre en augmentations
que l’année passée !
0, 0,5, 1, 1 ,5…
Rares sont les salariés à bénéficier d’une augmentation
conséquente, plus nombreux sont celles et ceux qui devront se contenter du strict
minimum, à peine l’inflation, ou pire de… rien du tout…
Ces augmentations annuelles, comme dans toute entreprise, devraient récompenser
un investissement personnel et collectif, reconnaitre la travail réalisé et les
bons résultats obtenus dans une situation économique qui ne cesse de se dégrader
et un environnement fiscal qui alourdit sans conteste les charges
de l’entreprise.
A CANAL, les négociations de fin d’année se sont clôturées
sur une augmentation de la masse salariale de 1,8%. Ce n’est pas énorme mais
sur plusieurs centaines de M€, cela en représente quand même quelques
millions... Une enveloppe qui ne pourra satisfaire tout le monde loin de là,
mais qui devrait permettre d’amortir pour certains le choc de la contrainte
financière et des réductions de coûts qui touchent aussi la masse salariale.
Problèmes de riches diriez-vous ? Nous n’oublions pas
la situation économique de notre pays et les milliers d’emplois qui
disparaissent mois après mois, jetant au pôle emploi des salariés qui perdent
jusqu’à leur honneur !
Mais cette situation doit-elle justifier la punition que
subissent les milliers de salariés de nombreuses entreprises alors qu’ils ne bénéficieront pas en juste
retour, de la valeur ajoutée qu’ils créent par leur investissement au
quotidien. Surtout lorsque cette valeur ajoutée est partagée inéquitablement entre actionnaires, investissements et salaires!
Comment
apprécie-t-on chez nous le droit à l’augmentation? Par le résultat de l’entretien
annuel ! Mais cette année, il y a parfois comme une tromperie dans l’appréhension du résultat et de sa traduction sur la feuille de paie.
Cet entretien se finalise comme chacun le sait par une sanction lapidaire, l’amélioration,
l’atteinte ou le dépassement des objectifs, justifiant ou non une augmentation salariale. Un schéma classique à souhait
qui mériterait comme nous le préconisons depuis des années d’être revisité,
mais c’est une autre affaire !
L’atteinte ou le dépassement des objectifs permet normalement à l’heureux élu de bénéficier d’une
augmentation. Hors, cette année, de nombreux salariés ont atteint ou dépassé
leurs objectifs mais devront se contenter d’une augmentation peau de chagrin… ou
pire, de rien du tout… "…revenez l’année prochaine, et si vous êtes
encore là, votre cas sera réétudier, faîtes-nous confiance… !"
Car pour respecter la contrainte budgétaire, certains
entretiens ne reflèteront pas la réalité opérationnelle et l’investissement des
salariés. Pour coller aux budgets réduits des augmentations,
certains managers rétrograderont leurs collaborateurs directs afin de justifier
ces décisions, ajoutant au désarroi de salariés doublement dépités et
punis ! Ils ont atteint leurs objectifs voir pour beaucoup les ont
dépassé, et cela ne se traduira ni sur la feuille de salaire ni sur l’entretien annuel! " … vous avez très bien
travaillé, mais désolé, je ne peux le noter ainsi sur votre entretien… vous
comprenez, je n’ai rien à distribuer… " Une double sanction qui prouve s’il le fallait
les limites d’un système de notation et d'évaluation qui ne remplit plus son rôle…
Pourquoi un budget aussi réduit ? D'abord par
ce % d’augmentation de la masse salariale très limité, mais aussi par une
utilisation détournée des sommes réservées aux augmentations annuelles pour
servir d’autres causes !
Promotions, changements d’échelons, changements de statuts,
ces évènements, encadrés par notre droit social interne et notre convention
collective, devraient être financés sur le budget de chaque service concerné
pour procurer aux salariés un bénéfice salarial immédiat auquel ils peuvent prétendre. Hors ces évènements sont financés en grande
partie sur le budget des augmentations annuelles négociées par les partenaires
sociaux. Dans un environnement de business
en expansion, ce phénomène est dilué, mais dans une situation de récession, les
effets en deviennent plus visibles et provocateurs.
C’est autant d’argent de moins à distribuer à celles et ceux
qui ont travaillé dur. "…mais c’est bien du salaire…" nous répond
on ! Oui bien sûr, ces augmentations conventionnelles se traduisent sur la feuille de
salaire, mais elles devraient être financées par les budgets des services
concernés et non sur l’enveloppe des augmentations annuelles. Il y a là un
dysfonctionnement et une injustice qui vont croissants…
Voilà pourquoi cette année, la frustration touchera une
population beaucoup plus importante de salariés, des cadres dans leur immense
majorité qui ne verront pas le juste retour de leur investissement
professionnel de l’année passée, pire qui verront pour beaucoup leur pouvoir d’achat
stagner ou s’éroder.
Tous les secteurs d’activités sont touchés, de l’Edition à
la Distribution, de la Technique aux Services Supports, de i>TELE au Studio,
partout le message RH est le même, contrainte
budgétaire, épure totale !
Dans ce contexte, on comprend pourquoi certains managers
heureux d’organiser des petits déjeuners "…d’échanges…" se contentent
de dire 3 mots en renvoyant chacun aux pains au chocolat et aux croissants de
peur d’une interpellation intempestive… "...euhhhh… pouvez nous expliquer là
nos feuilles d’augmentations… pardon nos feuilles de stagnation salariale…"
Vaut mieux renvoyer ce petit monde au
boulot, de plus la semaine prochaine c’est les vacances… et 15 jours suffiront
bien à calmer les esprits !
Erreur ! Car cette année, le vent de fronde semble plus puissant. Erreur
également car faire taire les frustrations voir les colères risquent d’en
démotiver plus d’un, de ces salariés qui vont pourtant devoir suer sang et eau
pour permettre de passer les 18 prochains mois, une période que l’on annonce comme
particulièrement difficile ! Est-ce ainsi que nos entreprises doivent vivre?
Il est encore temps de redresser la barre et de réexaminer certaines situations injustes, il est encore
temps de redonner du souffle et de l’air car nous sommes persuadés que c’est
faire un mauvais calcul que de contraindre ainsi la juste récompense et reconnaissance
de salariés engagés et disponibles. Il
est encore temps de reconnaitre l’investissement des salariés qui le méritent,
il est encore temps de prendre conscience de l’inanité de certaines situations individuelles et collectives...
Enfin, dans la période difficile qui s'annonce, il est urgent d’adapter notre modèle de management pour
que les mois qui viennent soient emprunts de respect,
de logique collective, d’attentions individuelles pour les milliers de salariés
qui vont œuvrer encore et toujours avec le meilleur d’eux-mêmes! Nous pensons en effet qu'il est
inutile et dangereux d’ajouter la contrainte à la frustration au risque de démotiver gravement le corps social!
Alors la traversée du
désert sera moins rude !
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