A l’heure des entretiens individuels et annuels et de la fixation des objectifs pour les mois qui viennent, nous souhaitons
revenir sur ce qui caractérise le CANAL+ de ce début 2014 et sur l’abîme qui sépare
maintenant les ambitions opérationnelles des réalités sociales.
Jamais dans l’histoire de CANAL+ il n’y a eu un si grand décalage
entre des valeurs, des objectifs portés par notre entreprise et leurs
traductions sur le plan social.
Aujourd’hui à CANAL, le grand écart est réalisé et la
rupture musculaire en voie d’accomplissement!
Pour analyser cette situation, il faut se reporter 10 ans en
arrière et considérer l’arrivée d’un nouveau management tout orienté finance.
Après
l'épisode Messier, ce sont les financiers qui ont pris le pouvoir, dehors les
saltimbanques ! Mais la remise en ordre des comptes et des finances s’est traduite parallèlement
par une mise au pas du corps social. En effet, selon les nouveaux dirigeants,
CANAL+ était une entreprise trop dilettante...
Alors depuis, pour répondre à cette injonction infondée et erronée, les services
RH ont, année après année, inventés, développés, mis en place des process, des organisations, des
méthodes pour contraindre, affaiblir les résistances, et accélérer le renouvellement
des salariés. Pour favoriser également le fameux "turn over", un concept indispensable pour apporter ce bol d’air sans lequel CANAL+ s'asphyxierait, perdrait de sa capacité à inventer, à se renouveler,
à se projeter dans le nouveau monde digitalisé!
Ce concept est évidemment erroné ! S'il fallait une illustration de cette idée absurde, il faudrait se pencher sur la carrière des nos derniers patrons
recrutés pour diriger le pôle Distribution. Ils ont tous passés plus de 20 ans dans leur
ancienne maison! C’est certainement et aussi pour cela qu’ils ont été recrutés...!
Les conséquences de ce décalage entre un discours managérial et une réalité
opérationnelle sont aujourd’hui désastreuses. L'Edition vient de rejoindre la Distribution dans l'application d'un modèle qui pourtant a tout produit sauf des résultats opérationnels. "Faut bouger m’sieurs
dames, turn over, y a que ça de vrai j’vous
dis… c’est pour vo’t bien…"! Pour les uns c’est un départ vers l’Afrique
ou l’Asie, pour les autres ce peut être une mobilité vers… l’extérieur !
"Le CV de CANAL se vend bien sur le marché, allez-y !" Ce n'est pas faux, mais en agissant systématiquement ainsi, on affaiblit le corps social de CANAL, une constante réalité depuis 9 ans.
Cette méthode est incontournable pour adapter l’organisation
nous dit-on, pour recruter du jeune geek et favoriser l’innovation et l’adaptation dans un monde qui bouge à la vitesse de la lumière… Alors il faut faire bouger les organisations de force s’il le faut ! Et tant pis
si les dégâts collatéraux vont jusqu’à affecter la santé physique et psychologique
de nombreux salariés déboussolés, c’est bien la preuve qu’ils n’étaient pas à leur place
s’ils ne résistent pas !

Pour compléter un recrutement qui se voudrait efficace et branché, nous proposons d'ajouter comme compétences incontournables celles produites et développées par les "nolife" ces personnes qui consacrent une très
grande partie, si ce n'est la totalité de leur temps à pratiquer leur passion,
leur travail, au détriment d'autres activités, ou encore les "nerds" ces
personnes solitaires passionnées et obnubilées par des sujets intellectuels liés
aux sciences et aux techniques. De l’or social pour nos DRH qui recrutent peu
mais recherchent des personnes disponibles en permanence, pas revendicatrices, n’ayant
aucune appétence pour autrui et encore moins pour le social ! Imaginez Anne, Christine,Elena... une horde de nolife, de nerds...! Le rêve non?!
Mais une entreprise qui veut se caractériser comme innovante
peut-elle dans le même temps être archaïque sur le plan social ? Dans les
entreprises mondialisées citées bien souvent en interne comme référence par notre management, Google, Apple,
et autres géants de l’Internet anglo-saxon, l’organisation du travail est
totalement décentralisée. Elle est même basée sur un concept de liberté afin de
favoriser la créativité et ça marche!
Le modèle anti-créatif par
excellence se caractérise au contraire par la contrainte, l’encadrement tatillon,
le process absurde… De ce point de vue, nous ne sommes plus très loin de servir de prototype.
L’une des raisons qui participe des blocages
et de ces tensions sociales dans notre entreprise provient justement d'un certain type de management.
Hérité des meilleures écoles militaires Françaises, il reproduit un modèle de commandement
coercitif auquel personne ne doit déroger. C’est-à-dire exactement l’inverse de
ce qui devrait faire référence dans nos business.
La rupture avec notre ADN se situe
d’abord à cet endroit. La créativité ne s’accommode pas des oukases et ordres indiscutables.
Toutes les entreprises sortent aujourd’hui du modèle coercitif "top down" où la vérité descendrait dans un continuum hiérarchique vertueux. C’est
fini, ça ne marche plus, c’est contreproductif!
Aujourd’hui, le modèle est coopératif. Il doit favoriser les
transversalités, les échanges, les coopérations ! Le sachant n’est plus le patron de droit divin, mais la communauté
business, rassemblée autour d’un projet et d’un ou plusieurs objectifs. Ce modèle à l’œuvre chez nos concurrents anglo-saxons devra
être mis en œuvre chez nous comme ailleurs tôt ou tard car il est la seule réponse sociale à la transformation rapide de notre environnement et de nos business et à la nécessaire adaptation de nos organisations. Où bien il ne reste plus qu'à fabriquer l'entreprise kleenex, le rêve de flexibilité absolue pour certains patrons!
Tout va très
vite nous dit-on… Oui c’est vrai, tout va très vite, mais chez nous c’est à pas
de chameau que le social évolue empêchant la créativité, bloquant les initiatives,
décourageant les meilleurs, démotivant les troupes, jusqu’à provoquer de
véritables tensions sociales et des burn out retentissants.
Eloignement du terrain, incompréhension des résistances, certains
de nos décideurs décident sans même connaitre les conséquences de leurs décisions.
Les projets de déménagement en cours en sont un des derniers exemples
malheureux.
C’est pourquoi nous préconisons un renversement des méthodes, une
véritable révolution culturelle qui aurait pour finalité de repérer les bonnes méthodes
afin de les favoriser et de tuer toutes celles qui alourdissent, détruisent la
créativité, empêchent l’épanouissement, affaiblissent les salariés, annihilent les transversalités…
CANAL+ aura 30 ans le 4 novembre 2014! Un bel âge pour une
belle aventure qui se meurtrie aujourd’hui dans un modèle social qui ne lui
correspond pas. Un modèle qui freine les conquêtes et assombrit l’avenir alors
que nous devons relever la tête pour affronter nos nouveaux concurrents.
Les prochaines victoires ne seront pas que juridiques,
elles seront avant tout des réussites opérationnelles! Grâce aux 5000 salariés en interne, aux 10000 en externe qui travaillent à la réussite de cette ambition future, un
CANAL+ rénové, conquérant, fier… ce sera réalisable dans le respect des salariés,
de ces femmes et de ces hommes qui aujourd’hui doutent et sont inquiets!
Il n'y a pas d'autre alternative que le changement social pour réussir. Mais en ce domaine comme dans tant d'autres, l'exemplarité peut servir de boussole...
Tel 01 71 35 13 17
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire